Qui prendra part au dialogue national inclusif ? Cette question suscite des interrogations depuis l’annonce, par la CENCO-ECC, de l’acceptation par le président de la République, Félix Tshisekedi, de convoquer un dialogue national.
Alors que l’ordonnance présidentielle fixant les modalités de ce dialogue tarde à être rendue publique, les réactions se multiplient et restent contrastées.
Au cours d’une interview, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya a rejeté le plaidoyer de la coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) qui appelle à la participation de « toutes les parties prenantes », y compris l’opposition armée notamment l’AFC-M23, souvent associée au président de la République honoraire, Joseph Kabila.
Selon Patrick Muyaya, réclamer la participation de l’AFC-M23 au dialogue entre Congolais équivaut à réclamer directement celle du Rwanda.
Il soutient que ce mouvement rebelle, qui contrôle une partie du territoire à l’Est, porte les ambitions expansionnistes du Rwanda.
« Ces compatriotes qui le réclament, n’ont-ils pas suivi, il y a quelques jours, les propos du président Kagame, le père, lorsqu’il a déclaré clairement que la survie du Rwanda serait liée à celle du M23 ? N’a-t-il pas ainsi confirmé à nouveau le lien familial, le cordon ombilical qui unit deux organisations criminelles sous sanctions américaines : le duo RDF–M23 ? », s’est interrogé le ministre de la Communication et des Médias.
« Dès lors, est-il vraiment compréhensible de réclamer la participation de ceux qui règnent dans les parties du pays qu’ils occupent par la terreur, la torture et la mort sur des populations innocentes, comme l’ont à nouveau rapporté les experts des Nations Unies ? », a-t-il poursuivi.
Dans la même intervention, Patrick Muyaya a douté de la sincérité de cette rébellion coordonnée par l’ancien président de la CENI, Corneille Nangaa.
Il l’accuse d’avoir poursuivi la logique de la guerre malgré le processus de Doha et l’accord-cadre qui en est issu, doté de huit protocoles signés avec le gouvernement.
« Pensent-ils vraiment que la participation des “fils” (AFC-M23) au dialogue annoncé suffira à les amener à renoncer à leur rôle de couverture pour le projet funeste du père, à savoir l’occupation de nos terres et le pillage de nos ressources ? », a-t-il expliqué.
Excluant toute possibilité de participation de l’opposition armée, le porte-parole du gouvernement a précisé que le dialogue voulu par le président Tshisekedi sera complémentaire aux processus de paix en cours.
« Ce que je sais : le dialogue que le Président de la République entend organiser, avec les compatriotes qui n’ont pas pris les armes, sera complémentaire aux processus de Washington et de Doha », a-t-il martelé.
Le 31 janvier dernier, Félix Tshisekedi avait fixé les lignes rouges à ne pas franchir. Selon lui, si le dialogue devait avoir lieu, il se tiendrait sur le sol national et serait conduit par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois et des règles démocratiques qui fondent le pacte national.
« Ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies », avait martelé le président lors d’un échange avec le corps diplomatique accrédité en RDC.
Pourtant, l’opposition estime que l’atteinte des objectifs du dialogue est étroitement liée à la participation de ceux qui ont pris les armes.
« L’inclusivité doit amener autour de la table toutes les parties prenantes congolaises, y compris ceux qui ont pris les armes, parce qu’ils ont sans doute des raisons pour lesquelles ils ont pris les armes : ils doivent nous expliquer. Félix Tshisekedi ne peut pas continuer à discuter à Doha, sur des questions de politique intérieure, avec ceux qui ont pris les armes, en considérant que ces questions ne peuvent pas être mises à une table de discussion avec toutes les parties prenantes parce qu’elles nous concernent tous », a déclaré Delly Sesanga, membre de la C64.
« On ne choisit pas avec qui l’on discute. Même ceux qui ont pris les armes. Je suis très clair : autour du dialogue, toutes les parties prenantes doivent se retrouver, y compris Joseph Kabila, Nangaa, l’AFC-M23 et tous les autres acteurs politiques, ainsi que la société civile. Tout le monde devrait se retrouver pour traiter les problèmes du pays. Comment voudriez-vous traiter la question de la guerre si vous ne la discutez pas avec ceux qui la font ? », a-t-il ajouté.
Mont Carmel NDEO



























































