Derrière les communiqués triomphants et les statistiques rassurantes émanant du ministère des Affaires étrangères, la réalité du terrain est tout autre pour des milliers de Congolais. Le calvaire des « anciens requérants » – ces citoyens ayant payé et initié leur demande de passeport il y a plusieurs mois, voire plusieurs années – est loin d’être conjugué au passé. Enquête sur un blocage administratif qui s’éternise
Le mirage des chiffres officiels
À en croire les récentes déclarations des autorités de la République Démocratique du Congo, la crise de la délivrance des passeports biométriques serait en voie de résolution. Les files d’attente devant les centres de capture de Kinshasa auraient diminué, et le rythme de production aurait atteint un niveau record. Pourtant, cette vitrine flatteuse cache une stratégie de communication bien rodée : l’arbre de la « nouvelle procédure » cache la forêt des dossiers en souffrance. Les flux actuels privilégient quasi exclusivement les nouveaux demandeurs – ceux qui acceptent de payer le prix fort aujourd’hui –, tandis que les dossiers s’accumulent dans les tiroirs de l’oubli pour ceux qui attendent depuis la précédente rupture de stocks.
Les « oubliés du système » un parcours du combattant
Pour la majeure partie des anciens requérants, la situation est totalement gelée. Les témoignages recueillis décrivent un véritable parcours du combattant, teinté de frustration et de colère. Des citoyens détenteurs de preuves de paiement datant de 2024 ou 2025 se voient refuser l’accès aux centres de capture, leurs dossiers étant jugés « non prioritaires » ou égarés dans les méandres informatiques. Aucun guichet unique, aucune plateforme numérique transparente ne permet à ces anciens demandeurs de suivre l’évolution de leur dossier. Derrière chaque passeport bloqué se joue un drame humain. Des étudiants perdent leurs bourses d’études à l’étranger, des commerçants voient leurs affaires péricliter faute de pouvoir voyager, et des malades restent bloqués à Kinshasa ou Lubumbashi, privés de soins médicaux urgents.
Corruption et passe-droits. le système institutionnalisé
Ce blocage persistant nourrit un marché noir de la délivrance de documents. Face à l’impuissance des canaux officiels, de nombreux requérants se tournent, par dépit, vers des réseaux de facilitateurs. Pour espérer exhumer un « ancien dossier », il faut souvent débourser des sommes informelles astronomiques, dépassant parfois largement le prix officiel du document.
« On nous demande de repayer une taxe invisible pour réactiver notre dossier », s’indigne un requérant rencontré devant le ministère. « C’est une double peine. Nous avons payé l’État légalement, et aujourd’hui, nous devons payer des individus pour obtenir notre droit le plus strict. »
L’urgence d’une transparence réelle
L’optimisme affiché par les décideurs politiques sonne comme un affront pour la majeure partie des anciens requérants. Si la modernisation du système de production est une réalité technique, la gestion du passif social et administratif reste un échec cuisant.Pour restaurer la confiance, le gouvernement congolais ne pourra plus se contenter d’aligner des chiffres de production globaux. Il devra impérativement auditer les listes d’attente, apurer la dette contractée envers les anciens demandeurs et garantir que chaque Congolais, peu importe la date de sa demande, puisse jouir de son droit fondamental de circuler. En attendant, le passeport en RDC demeure un luxe, et sa détention, un privilège.
JAMES KABWE




























































