À Kasumbalesa, ville frontalière stratégique de la province du Haut-Katanga, la tension monte d’un cran, non pas à cause d’une incursion extérieure, mais autour d’une opération logistique qui s’apparente, pour beaucoup, à une attribution de privilèges sécuritaires. La fédération locale de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Kasumbalesa) se retrouve au cœur d’une vague d’indignation citoyenne après avoir procédé à la distribution sélective de radios émetteurs-récepteurs de marque Motorola à des civils.
Pour justifier cette dotation d’équipements d’ordinaire réservés aux forces de l’ordre ou à des services de sécurité encadrés, les initiateurs évoquent la nécessité de lutter contre l’insécurité grandissante dans la région. Un argument qui peine à convaincre une population locale qui se sent laissée pour compte.
Dans une alerte citoyenne largement relayée, les habitants de Kasumbalesa ne contestent pas le besoin de sécurité, mais dénoncent l’opacité totale qui entoure cette initiative. « Une radio n’est pas le problème en soi », résume un collectif de citoyens. « Le problème, c’est l’absence de transparence lorsqu’un moyen de communication aussi sensible semble être distribué de manière sélective. »
De fait, la population formule aujourd’hui cinq questions directes à l’attention des autorités et des responsables de ce parti politique :
1.Qui distribue réellement ces radios ?
2.Sur quelle base légale repose cette opération ?
3.Pourquoi certains civils en bénéficient-ils et d’autres non ?
4.Quels sont les critères d’attribution de ces terminaux ?
5.Ces appareils utilisent-ils des fréquences dument autorisées par l’État ?
L’inquiétude majeure de la société civile réside dans le ciblage des bénéficiaires. Si les faits confirment que ces moyens de transmission professionnels sont prioritairement alloués à des personnes proches du régime, d’un réseau spécifique ou d’un courant politique particulier, cela pose un problème constitutionnel majeur. De nombreux observateurs rappellent que l’organisation de structures s’apparentant à des milices privées ou à des forces paramilitaires est strictement interdite par les lois de la République.
Le monopole de la sécurité publique doit rester l’apanage exclusif de la Police Nationale Congolaise (PNC) et des Forces Armées de la RDC (FARDC). En confiant des outils de télécommunication stratégiques à une frange militante ou partisane de la population, le risque de créer une confusion de rôles sur le terrain et d’engendrer des abus de pouvoir est immense.
« La sécurité de la République ne peut pas devenir une affaire réservée à quelques privilégiés. La RDC appartient à tous les Congolais », marquant ainsi le refus d’une justice ou d’une protection à double vitesse. Les citoyens n’exigent pas des privilèges, mais réclament l’application stricte de la légalité, l’égalité devant la loi et des règles identiques pour tous.
Face au tollé général, les regards se tournent désormais vers le ministère provincial de l’Intérieur, l’autorité urbaine de Kasumbalesa, ainsi que vers les instances de régulation des télécommunications. Il leur appartient de clarifier d’urgence la situation légale de ces fréquences et d’ordonner, si nécessaire, la suspension de cette distribution afin de garantir l’ordre républicain.
JAMES KABWE



























































