Deux semaines sans la moindre étincelle. À Lemba, au Camp Riche, à Bandalungwa comme dans de nombreux secteurs de Kinshasa, le quotidien des Kinois a basculé dans l’obscurité la plus totale. Face à ce que les habitants qualifient de « prise en otage » sociale et économique, la grogne monte contre la Société Nationale d’Électricité (SNEL). Une marche de protestation pacifique s’organise déjà dans les rues de la capitale pour exiger le retour immédiat du courant.
Dans les foyers, le constat est amer et les pertes colossales. Des denrées alimentaires pourrissent en silence dans les réfrigérateurs éteints, asphyxiant des économies ménagères déjà fragiles. À la nuit tombée, une atmosphère d’insécurité grandissante enveloppe les quartiers, exposant les résidents aux dangers de la pénombre.
L’impact touche aussi directement l’éducation : privés de lumière, les étudiants et les enfants se retrouvent dans l’incapacité de réviser leurs cours. Pour la population, le point de non-retour a été franchi. Ce n’est plus un simple désagrément passager, c’est une crise humaine majeure.
Le mal est profond et ne se limite plus aux seuls quartiers populaires. Le cœur administratif et politique de la République Démocratique du Congo vacille à son tour. Après le Palais du Peuple, c’est au tour du Palais de Justice de sombrer dans le noir.
Si ces coupures au sommet de l’État illustrent de manière spectaculaire l’ampleur de la faillite technique, elles renforcent surtout l’amertume de la rue. Les citoyens constatent avec dépit que si les symboles du pouvoir subissent les contrecoups de cette crise, le citoyen lambda, privé de solutions alternatives, se retrouve
« On ne peut plus continuer comme ça. C’est toute notre vie qui est à l’arrêt pendant qu’ils se rejettent la faute. » — Un habitant du quartier Lemba.
Du côté de la direction générale de la SNEL, les explications restent purement techniques et peinent à apaiser la colère populaire. L’argument principal repose sur la diminution drastique du niveau d’eau dans les barrages (le phénomène d’étiage) couplée à des pannes récurrentes sur le réseau haute tension, notamment au poste de Funa.
Selon l’opérateur, rétablir la pleine puissance dans toutes les communes de Kinshasa dans les conditions actuelles mettrait en péril les infrastructures : la surcharge risquerait d’endommager gravement les machines de production. La direction appelle donc les Kinois à la patience, conditionnant un retour durable à la normale à la fin des travaux de maintenance et au retour tant attendu des pluies saisonnières. En attendant, le rationnement est strict, et seules quelques rares communes sont alimentées par intermittence.
Mais pour la population, les arguments météorologiques et techniques ne passent plus. Trop, c’est trop. Fatigués des promesses stériles et de la gestion jugée calamiteuse des infrastructures publiques, les habitants de Lemba et du Camp Riche ont décidé de hausser le ton.
Une marche de protestation pacifique a été officiellement annoncée. L’objectif est clair : exiger des comptes immédiats aux dirigeants de la SNEL et obtenir le rétablissement de l’électricité. Les Kinois n’attendent plus des explications physiques ou climatiques ; ils exigent du courant, pour lequel ils paient, et le droit légitime de sortir de l’obscurité.
JAMES KABWE




























































