Le cœur de la capitale du cuivre étouffe, et la nuit tombée, il bascule dans l’insécurité. Ce qui n’était autrefois qu’une crise sociale diffuse s’est transformé en un véritable défi sécuritaire que les autorités locales ne parviennent plus à endiguer. Au centre-ville de Lubumbashi, les enfants de la rue ont instauré une administration parallèle nocturne.
Le « péage » de la nuit : la loi du plus fort
Dès que le soleil se couche, les grands carrefours et les avenues stratégiques du centre-ville changent de visage. Des groupes de dizaines d’enfants et d’adolescents en rupture familiale s’approprient la chaussée. Leur mode opératoire est désormais bien rodé : ils barrent la route et exigent un « péage » forcé aux automobilistes.
Refuser de payer, c’est s’exposer à des représailles immédiates. Essuie-glaces arrachés, jets de pierres sur les pare-brises, insultes et agressions physiques : les conducteurs avancent la peur au ventre. Le centre-ville, jadis dynamique, devient invivable et désertique dès la fin de la soirée.
L’impuissance flagrante des forces de l’ordre
Le constat le plus alarmant reste la passivité, parfois teintée de résignation, des forces de sécurité. Sous la barbe impuissante des éléments de la Police Nationale Congolaise (PNC), ces jeunes opèrent en toute impunité. Les patrouilles policières semblent dépassées par le nombre et la témérité de ces mineurs, souvent radicalisés par la dureté de la rue et l’usage de substances toxiques.
« Ils sont trop nombreux et survoltés. Quand la police en arrête quelques-uns, ils reviennent le lendemain encore plus agressifs », témoigne un cambiste du centre-ville.
Des politiques locales passées au crible
Jusqu’ici, aucune mesure prise par l’autorité provinciale n’a tenu la route. Les opérations de ratissage sporadiques et les promesses de réinsertion sociale se sont révélées être des coups d’épée dans l’eau. Pendant ce temps, la population de ces enfants ne cesse de croître, alimentée par la pauvreté socio-économique et les ruptures familiales.
Ce fléau, qui dépasse désormais le simple cadre de l’action sociale, interpelle directement la gouvernance provinciale. Sans une stratégie globale associant sécurité, justice pour mineurs et centres d’encadrement durables, Lubumbashi risque de laisser son centre-ville s’enfoncer définitivement dans le droit fil de la criminalité urbaine.
JAMES KABWE



























































