C’est un document qui n’en finit pas de faire des vagues dans les états-majors politiques et au sein de la société civile. Le communiqué N°162/AN du 05 octobre 2026, émanant du bureau de l’Assemblée nationale et axé sur la redevabilité des députés, a ouvert une boîte de Pandore constitutionnelle. En exigeant des élus nationaux qu’ils fournissent des preuves visuelles — photos et vidéos — de leurs « réalisations » sur le terrain (constructions de routes, de centres de santé ou d’écoles), l’institution s’est attirée les foudres de nombreux observateurs qui y voient une dérive inédite.
« Un scandale institutionnel » : Quand le contrôleur devient exécutant
Pour une grande partie de l’opinion publique et des constitutionnalistes, ce communiqué s’apparente à un naufrage juridique. Les critiques sont acerbes : on parle de « confusion totale des rôles » et de « mort de la séparation des pouvoirs ».
Le rappel à l’ordre textuel est immédiat. L’article 100 de la Constitution de la RDC définit sans ambiguïté le mandat du parlementaire : le député vote les lois, contrôle le Gouvernement, les entreprises publiques, les établissements et les services publics, et représente la Nation. À aucun moment, il ne dispose d’un rôle d’agent d’exécution ou de maître d’ouvrage.
« Depuis quand un député construit-il des ponts ou des routes ? », s’insurge un analyste politique sous couvert d’anonymat. En confiant, par des mécanismes opaques, la gestion des infrastructures aux parlementaires, on assiste à un détournement flagrant des prérogatives du Pouvoir exécutif. Le nœud du problème réside dans l’incapacité future à auditer ces chantiers : comment un député peut-il contrôler de manière impartiale des ouvrages qu’il a lui-même financés et supervisés ? Le législateur devient à la fois juge et partie, annihilant le principe même de redevabilité qu’il prétend pourtant honorer. D’aucuns y voient une manœuvre subtile pour déguiser l’achat de conscience et le clientélisme électoral en bilan parlementaire.
L’envers du décor : Le piège des « réserves parlementaires »
Pourtant, d’un autre côté, certains tempèrent la teneur du communiqué en pointant du doigt une réalité budgétaire bien ancrée, quoique contestée : l’existence des « réserves parlementaires » ou enveloppes d’intervention sociale. Estimés selon les périodes entre 3 000 et 5 000 dollars, ces fonds sont officiellement alloués aux élus pour financer des micro-investissements communautaires et répondre aux urgences sociales de leurs circonscriptions.
De plus, lors des vacances parlementaires, les textes prévoient des indemnités spécifiques de restitution. L’objectif théorique est noble : permettre aux députés de retourner auprès de leur base, de vulgariser les lois votées et de recueillir les doléances de la population.
Cependant, la gestion de ces « fonds d’investissement et d’intervention sociale » souffre d’un déficit chronique de transparence. Échappant aux circuits budgétaires classiques de l’État — tels que les ministères des Infrastructures ou du Développement rural —, cet argent est géré à la discrétion totale de l’élu, sans aucun audit public standard ni contrôle de performance.
Vers une campagne électorale permanente ?
La réalité du terrain dépeint souvent un tableau éloigné de la redevabilité intellectuelle et législative. Ambulances floquées au nom du député, distributions de vivres, dons ostentatoires aux églises : ces enveloppes publiques servent bien plus souvent d’outils de charité clientéliste et de pré-campagne électorale permanente que d’investissements structurels pérennes.
En exigeant des députés qu’ils affichent leurs « œuvres », le bureau de l’Assemblée nationale a involontairement mis en lumière les contradictions d’un système où l’image prime sur la légalité républicaine. Reste à savoir si cette levée de boucliers poussera la chambre haute du Parlement à clarifier sa démarche, ou si la RDC s’enfoncera un peu plus dans cette confusion des rôles où le député bâtisseur supplante définitivement le député législateur.
JAMES KABWE




























































