Le procès du général Philémon Yav Irung devant la Haute Cour militaire a connu un nouveau rebondissement ce mardi avec la comparution du général-major Sylvain Ekenge. Cité comme renseignant, ce dernier a livré des éléments supplémentaires sur des propos et échanges présumés impliquant l’entourage du général rwandais James Kabarebe, tout en affirmant n’avoir établi aucun lien probant avec les accusations portées contre le prévenu.
Appelé à la barre, le général-major Sylvain Ekenge, conseiller de l’ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu Constant Ndima, est revenu sur une audience tenue au cabinet de ce dernier, au cours de laquelle le général Peter Chirimwami, alors commandant des opérations Sokola, avait fait des révélations au sujet du général Philémon Yav, à l’époque commandant de la troisième zone de défense.
Selon le témoignage de Sylvain Ekenge, le général Chirimwami, sur le point d’être affecté à la 32ᵉ région militaire en Ituri, était allé faire ses adieux au gouverneur militaire du Nord-Kivu. C’est lors de cette audience qu’il aurait affirmé que le général Yav lui avait montré un message attribué à un collaborateur du général rwandais James Kabarebe. Le contenu dudit message laissait entendre que le général Chirimwami « détruisait leur projet ».
Le général Ekenge a également rapporté une autre déclaration attribuée à l’ancien gouverneur Constant Ndima, qui aurait lui-même reçu ces propos par l’entremise du général Evariste Mwehu, lesquels auraient été initialement tenus par le général Yav : « vous donnez du succès à ces Bangala ». Toutefois, a précisé le témoin, après avoir tenté d’établir un lien entre ces propos et les révélations faites par le général Chirimwami, aucune conclusion tangible n’a pu être dégagée.
Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’entretenir des contacts avec l’entourage de James Kabarebe. Réaffecté dans l’Est de la République démocratique du Congo depuis 2020, il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des FARDC, une zone stratégique couvrant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.Son procès s’ouvre près de trois ans après son arrestation intervenue en septembre 2022.
Surnommé « le Tigre », Philémon Yav figure parmi les généraux originaires de l’espace Grand Katanga que plusieurs personnalités politiques, dont l’ancien président Joseph Kabila, citent régulièrement pour dénoncer une supposée marginalisation des officiers issus de cette partie du pays sous le régime du président Félix Tshisekedi. Des allégations que l’armée congolaise a toujours rejetées.
S’exprimant à ce sujet, le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, a rappelé que « lorsqu’on entre dans l’armée, il n’existe plus de tribu », soulignant que les interpellations et arrestations d’officiers s’inscrivent strictement dans le cadre de la législation militaire en vigueur.
Le procès se poursuit devant la Haute Cour militaire, dans un contexte marqué par de fortes attentes politiques, sécuritaires et judiciaires.
HERVÉ KABWATILA































































