Ancienne gouverneure générale du Canada et ex-secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean revient indirectement au cœur de l’actualité à la faveur de nouvelles révélations mettant en cause la gouvernance actuelle de l’institution. Un document interne, obtenu par notre rédaction après plusieurs semaines d’enquête, dresse un portrait préoccupant du climat de travail à l’OIF sous la direction de Louise Mushikiwabo, la diplomate rwandaise.
Ces révélations font écho au témoignage de Bertin Leblanc, journaliste canadien chevronné et ancien porte-parole de Michaëlle Jean durant quatre années. Dans sa bande dessinée Éléments de langage, il relate les coulisses de la Francophonie institutionnelle, notamment la nomination controversée de Louise Mushikiwabo en 2018, à laquelle il a assisté de l’intérieur.
« On se retrouve aujourd’hui avec une secrétaire générale issue d’un régime totalitaire, provenant d’un pays qui a abandonné le français. Comment voulez-vous qu’on prenne cette organisation au sérieux ? », s’interroge Bertin Leblanc dans cet entretien sur la radio-Canada.
Le document auquel nous avons eu accès est un sondage interne sur le climat de travail, mené récemment par le comité du personnel de l’OIF. Environ la moitié des employés y ont répondu, notamment à des questions portant sur le harcèlement.
44 % des répondants affirment avoir été victimes de harcèlement moral ;
9 % disent avoir subi du harcèlement sexuel.
Ces données n’avaient pas été communiquées officiellement aux États membres. Le Canada, qui a néanmoins réussi à en obtenir copie, a confronté la secrétaire générale lors d’une assemblée à huis clos.
Dans une lettre adressée à Louise Mushikiwabo, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, écrit : « Les résultats de la consultation sont troublants. »
À la suite de ces révélations, Ottawa a décidé de retirer sa contribution volontaire de 3 millions de dollars pour la prochaine année financière. Une décision lourde de sens pour une organisation qui repose en partie sur les contributions de ses États membres.
Selon nos informations, le sondage révèle également des inquiétudes majeures concernant la fraude au sein de l’OIF :
15 % des répondants estiment avoir été témoins de pratiques frauduleuses ; 85 % déclarent ne pas savoir s’il existe des mécanismes internes de signalement, ou pensent qu’il n’en existe pas.
De passage à Québec, Louise Mushikiwabo a reconnu l’existence d’un problème de harcèlement, tout en relativisant la portée du sondage. « La réponse peut s’appliquer il y a 30 ans, elle peut s’appliquer il y a deux semaines. Ce qui est sûr, c’est que le harcèlement de toutes sortes n’est pas toléré à l’OIF », a-t-elle déclaré.
Des propos qui peinent à convaincre, d’autant plus que la secrétaire générale a elle-même été mise en cause dans une décision du tribunal d’appel de l’OIF, rendue en novembre 2022. La juridiction y souligne qu’elle avait versé au dossier d’une employée des remarques défavorables non prouvées, portant atteinte à sa dignité.
L’OIF a été condamnée à verser 10 000 euros pour préjudice moral. Pour plusieurs observateurs et anciens cadres de l’organisation, ces éléments confirment une dérive autoritaire de la gouvernance actuelle.
« C’est une dictature. Vous rentrez dans le rang ou vous êtes écrasé », résume une source proche du dossier.
Alors que la Francophonie peine déjà à affirmer sa pertinence sur la scène internationale, ces révélations risquent d’accentuer la crise de crédibilité qui frappe l’OIF et de relancer le débat sur son avenir, sa gouvernance et ses valeurs fondatrices.
HERVE KABWATILA































































