La situation sécuritaire dans la ville-province de Kinshasa suscite aujourd’hui une inquiétude croissante, tant chez les habitants que chez les observateurs de la vie urbaine. Dans plusieurs communes, la montée du banditisme urbain, incarné notamment par les groupes de jeunes appelés « kuluna », met à rude épreuve le quotidien des populations, déjà confrontées à de multiples défis socio-économiques.
Au cœur de cette crise, un symbole interpelle : le poste de police » Tosa Obika « , situé dans la commune de Bumbu, à proximité de la rivière Kalamu. Jadis point de repère sécuritaire pour les riverains, ce poste est aujourd’hui abandonné depuis plusieurs mois. L’absence prolongée des éléments de la police nationale congolaise dans ce lieu stratégique a créé un vide sécuritaire dont profitent largement les délinquants.
Dans ce contexte, les » kuluna » semblent avoir trouvé un terrain propice à leurs activités. Vols, agressions, intimidation : les témoignages des habitants convergent vers un même constat alarmant. La peur s’installe, modifiant les habitudes de vie, réduisant la mobilité et fragilisant davantage le tissu social. Ce phénomène n’est pas seulement un problème de sécurité ; il révèle aussi des failles plus profondes liées à la gouvernance urbaine, à la jeunesse désœuvrée et à l’insuffisance des dispositifs de prévention.
Face à cette situation, la population kinoise élève la voix et interpelle les autorités compétentes. Parmi elles, Jacquemain Shabani, vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières, est particulièrement attendu. De même, le gouverneur de la ville, Daniel Bumba, ainsi que le commandant de la police nationale congolaise à Kinshasa, le général Kantu Bakulu Israel, sont appelés à prendre des mesures urgentes et efficaces.
Un habitant de Bumbu résume avec gravité le sentiment général : » Nous ne savons plus quoi faire. Ce que nous demandons aux autorités, c’est d’agir en urgence pour sécuriser la population kinoise. Depuis l’abandon du poste de police, les kuluna jubilent. La seule solution qui nous reste, c’est l’installation d’un nouveau poste de police dans ce coin. » Ce cri du cœur met en lumière une attente simple mais fondamentale : la présence de l’État à travers ses forces de sécurité. Car au-delà des discours, c’est sur le terrain que se joue la confiance entre les citoyens et les institutions. Restaurer un poste de police à « Tosa Obika » ne serait pas seulement une réponse opérationnelle, mais aussi un signal fort envoyé à la population.
Toutefois, une réponse durable à l’insécurité urbaine ne peut se limiter à des actions ponctuelles. Elle nécessite une approche globale intégrant la prévention, l’encadrement de la jeunesse, la création d’opportunités économiques et le renforcement des capacités des forces de l’ordre. Sans cela, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Kinshasa, mégapole vibrante et pleine de potentialités, mérite mieux que cette spirale d’insécurité. La situation actuelle, bien que préoccupante, peut encore être redressée à condition d’une volonté politique claire, d’une coordination efficace des acteurs concernés et d’une écoute attentive des préoccupations citoyennes.
HERVÉ KABWATILA




























































