Le sommet de l’État passe à la vitesse supérieure. Dans une démarche hautement stratégique, le président Félix Tshisekedi a dépêché, ce samedi 3 octobre 2026 à Lubumbashi, ses deux émissaires de première ligne : son Directeur de cabinet, Anthony Nkinzo Kamole, et son Conseiller spécial, Fortunat Biselele. Objectif affiché : arracher l’adhésion de la puissante Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), représentée par son président, Mgr Fulgence Muteba, autour du projet de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ».
Cette rencontre au sommet intervient dans un climat politique et social en pleine ébullition. Depuis janvier 2025, l’Église catholique (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) portent à bout de bras le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». Une feuille de route ecclésiastique pensée pour éteindre les incendies sécuritaires à l’Est et rebâtir la cohésion nationale.
En envoyant le duo Nkinzo-Biselele dans le chef-lieu du Haut-Katanga, Félix Tshisekedi tente une harmonisation cruciale. Il s’agit de faire converger l’agenda de la présidence avec les exigences de l’épiscopat, alors que le Chef de l’État cherche à reprendre fermement la main sur la conduite de ce grand forum national.
Si certains redoutaient un blocage de l’épiscopat, Mgr Fulgence Muteba a balisé le terrain. La CENCO ne rejette pas le principe de ce dialogue national. Bien au contraire, elle en reconnaît l’urgence face aux menaces qui pèsent sur l’intégrité territoriale et le tissu social congolais.
Cependant, les princes de l’Église ne comptent pas signer un chèque en blanc. Mgr Muteba a fermement insisté sur les conditions d’un succès véritable , selon lui. le forum ne doit pas se transformer en un monologue de la majorité ou en un simple partage de gâteaux politiques. Des conditions strictes doivent être réunies pour permettre à toutes les forces vives – y compris l’opposition et la société civile – de s’exprimer sans crainte.
En dépêchant la tête pensante de son cabinet (Anthony Nkinzo) et l’homme des missions délicates (Fortunat Biselele), Félix Tshisekedi démontre que le curseur du Dialogue national est désormais irréversible.
Reste désormais à savoir si le pouvoir de Kinshasa acceptera de diluer son agenda pour intégrer les exigences d’inclusivité de la CENCO et de l’ECC. Une chose est sûre : le chemin vers la « refondation de l’État » vient officiellement de commencer à Lubumbashi, et les négociations s’annoncent aussi serrées que décisives pour l’avenir de la République.
JAMES KABWE



























































