Dix maisons ont été détruites par un incendie qui s’est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi 12 février 2026 au camp militaire Bumba, situé dans la commune de Lemba, au centre de Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée mais avec plusieurs dégâts matériels, selon les autorités.
D’après le colonel Claude Mbombo, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et résident du camp, le sinistre serait parti d’un court-circuit survenu aux alentours de minuit.
« Nous avons tous constaté un court-circuit vers minuit. Je suis sorti pour voir ce qui se passait. Cet incident électrique a provoqué un violent incendie qui a rapidement ravagé dix maisons, dont trois conteneurs et sept maisons en tôles, notamment un dépôt de boissons, une chambre froide, une maison d’habillement, un atelier et six boutiques. Mais aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée », a-t-il déclaré
Selon la même source, la propagation rapide des flammes s’explique par la promiscuité des habitations et la nature inflammable des matériaux de construction, principalement des tôles, combinées à des installations électriques jugées précaires. Plusieurs familles se retrouvent ainsi sans abri, tandis que les dégâts matériels sont considérables.
Une série d’incendies qui inquiète

Cet incendie s’inscrit dans un contexte de recrudescence des sinistres à Kinshasa et dans plusieurs provinces du pays. Pour Ados Ndombasi, député honoraire, ces drames répétés traduisent une défaillance structurelle de l’État en matière de prévention et de gestion des incendies. Le député honoraire Ados Ndombasi dénonce l’inaction de l’État face à la multiplication des incendies à Kinshasa et dans le reste du pays. Il rappelle que sa proposition de loi visant à créer un Corps national des sapeurs-pompiers avait été rejetée en 2022 pour des raisons politiques, et que malgré des décrets signés en 2023, aucune mesure concrète n’a été prise. Selon lui, Kinshasa ne dispose que de moins de 10 camions anti-incendie opérationnels, tandis que des autorités utilisent des véhicules de luxe.
Dans une interview accordée à la rédaction de FOXTIME.CD ce jeudi 12 février 2026, l’ancien parlementaire a dénoncé l’absence de réponses concrètes face à ces catastrophes à répétition.
« Le 13 octobre 2022, alors député national de la troisième législature, nous avons déposé une proposition de loi portant « Organisation et fonctionnement du corps national des sapeurs-pompiers en République démocratique du Congo » accompagnée d’une multitude des sapeurs-pompiers de la ville de Kinshasa. Cette proposition de loi était rejetée à l’époque en raison de mon appartenance politique, membre actif de l’opposition. Cette proposition de loi avait pour point fort, primo, la création d’une école nationale des sapeurs-pompiers en RDC, secondo, la mise en place d’un réseau public d’eau capable d’alimenter les engins anti-incendie sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo, tierso, l’installation des casernes de sapeurs-pompiers dans les villes-provinces de Kinshasa et dans les 145 territoires, quarto, l’installation de bornes d’incendie dans chaque commune, secteur et chefferie, quinto, l’installation des camions anti-incendie dans les grands carrefours de la ville-province de Kinshasa et dans les 145 territoires. » A déclaré Ados Ndombasi, député honoraire
Selon lui, le texte prévoyait notamment la création d’une école nationale des sapeurs-pompiers, la mise en place d’un réseau public d’eau capable d’alimenter les engins anti-incendie sur toute l’étendue du territoire, l’installation de casernes dans les villes-provinces et les 145 territoires du pays, ainsi que le déploiement de bornes d’incendie dans chaque commune, secteur et chefferie.
« De bonne foi, le 22 août 2023, nous avons déposé cette proposition de loi en main propre au vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur de l’époque, Peter Kazadi, afin qu’il puisse la défendre et emporter les aspirations. Peu de temps après, nous avons appris que trois décrets ministériels ont été signés, mais malheureusement, leur applicabilité tarde encore jusqu’à ce jour. Nous comptons des milliers d’incendies par année, voire plus, qui se déclarent en République démocratique du Congo, bien souvent dans la ville-province de Kinshasa. Récemment, deux grands incendies sont signalés, un dans le district de la Tshangu qui a touché une station essence, un deuxième incendie dans le district de la Funa, plus précisément dans la commune de Kasa-vubu où une résidence a été touchée. Nous nous souvenons qu’à l’époque, la ville-province de Kinshasa comptait neuf camions anti-incendies dont cinq étaient en panne. Nous sommes étonnés que malgré toutes nos propositions et interpellations, rien n’ait été fait jusqu’à ce jour. Le gouvernement de M. Félix Tshisekedi de Tshilombo est incapable d’acheter des camions anti-incendies qui coûtent moins de 60 000 dollars l’unité, pendant que certaines autorités congolaises roulent dans des véhicules dont le prix avoisine les 150 000 dollars américains l’unité. C’est inadmissible. Aux autorités du pays, retenez ceci, un incendie ne choisit pas de camp politique. Majorité, opposition, société civile, cette léthargie nous rattrapera tous. Alternative 2028 dénonce. » A poursuivis Ados Ndombasi, député honoraire.
De ce fait, les récents incendies ont également mis en lanterne les difficultés structurelles auxquelles fait face le service de sapeurs-pompiers de Kinshasa. Lors d’une visite à la caserne centrale, le gouverneur de la ville, Daniel Bumba, a reconnu des « dysfonctionnements graves dans la coordination des interventions ».
Le gouverneur a dressé un constat préoccupant : véhicules de secours hors d’état de fonctionnement, manque d’entretien du matériel, agents démobilisés et retards dans les interventions. « Ces failles systémiques ont transformé ce qui aurait pu être un incendie maîtrisable en une catastrophe aux conséquences dramatiques », a-t-il déclaré.
Sous couvert d’anonymat, un pompier interrogé évoque des conditions de travail difficiles : « Comment voulez-vous intervenir efficacement quand les camions ne sont pas entretenus régulièrement ? »
Face à cette situation, le gouverneur a annoncé des mesures urgentes, notamment la remise en état des équipements et la convocation d’une réunion d’urgence avec les responsables concernés, en vue de restructurer la sécurité civile de la capitale.
Dans une mégalopole estimée à près de 15 millions d’habitants, ces incendies à répétition soulèvent des interrogations croissantes sur la capacité des autorités à prévenir et à gérer efficacement les catastrophes urbaines. En attendant d’éventuelles réformes, les habitants du camp Bumba, eux, tentent de se relever au milieu des décombres.
HERVE KABWATILA































































