Depuis le lancement de l’opération d’assainissement de la ville-province de Kinshasa, les éléments de la Task Force, communément appelés « bâtisseurs » et présentés comme d’anciens délinquants réinsérés, font l’objet de critiques et d’accusations de la part de certains habitants. Face aux tensions enregistrées sur le terrain, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik appelle la population à ne pas s’en prendre aux agents déployés pour cette mission.
L’opération d’assainissement engagée à Kinshasa continue de susciter des réactions contrastées au sein de la population. Alors que les autorités cherchent à lutter contre les installations anarchiques et le commerce sur la voie publique, certains citoyens accusent les « bâtisseurs » d’aller au-delà de leur mission, notamment en procédant à la destruction de petits commerces.
Ces interventions interviennent dans un contexte où le commerce informel occupe une place importante dans la vie quotidienne de nombreux Kinois. Si l’occupation des espaces publics contribue, selon les autorités, à la dégradation de l’environnement urbain et à l’image de la capitale, les opérations de déguerpissement soulèvent également des interrogations sur la protection des biens et les méthodes utilisées sur le terrain.
La Task Force, structure rattachée à la Présidence de la République, a notamment été mobilisée dans le cadre de cette opération d’assainissement. Le président Félix Tshisekedi avait instruit cette unité de contribuer à rendre Kinshasa plus propre, alors que la gestion de l’assainissement constitue également une responsabilité des autorités provinciales.
Face aux nombreuses critiques visant les bâtisseurs, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik est sorti de son silence pour dénoncer les violences dont certains membres de cette unité seraient victimes lors de leurs interventions.
Selon lui, plusieurs bâtisseurs ont déjà perdu la vie à Kinshasa et d’autres ont été blessés au cours d’affrontements avec des habitants.
« Pourquoi les gens qui disent que les bâtisseurs exagèrent dans leur mission, alors que nous avons aussi perdu beaucoup de nos bâtisseurs ? Quatre bâtisseurs ont été tués ou ont perdu la vie à Kinshasa. Ils sont agressés par la population presque tous les jours. Beaucoup sont blessés dans cette ville de Kinshasa, physiquement et violemment », a déclaré le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik dans une interview.
Le responsable de la Task Force fait notamment référence à un incident qui se serait produit le 15 septembre 2026, au cours duquel des bâtisseurs auraient été pris à partie alors qu’ils étaient en opération.
Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik reconnaît toutefois que des comportements contraires aux règles peuvent survenir au sein de l’unité. Il affirme que les éléments qui commettent des abus sont passibles de sanctions.
« Les compatriotes congolais attaquent violemment les bâtisseurs dans des brutalités, mais les gens ne parlent pas. Et quand un bâtisseur veut se défendre, c’est là que les gens en parlent », a-t-il expliqué.
Selon lui, les bâtisseurs travaillent dans un cadre organisé et sont soumis à une discipline.
« Comme dans toutes les organisations, s’il y a un comportement qui va dans un sens contraire aux règlements militaires, nous sommes une structure bien organisée. Les fautifs sont sanctionnés conformément aux règlements militaires. La Task Force est une unité paramilitaire, donc il y a la justice militaire qui s’en occupe », a ajouté le général.
Il a également indiqué que plusieurs dépouilles de bâtisseurs se trouvent actuellement à la morgue et que leur enterrement devrait intervenir dans les prochains jours.
La situation met ainsi en lumière une difficulté majeure de l’opération d’assainissement : comment faire respecter les règles d’occupation de l’espace public tout en évitant les violences et la destruction injustifiée des biens des citoyens ?
Pour une partie de la population, l’assainissement de Kinshasa est nécessaire, notamment pour lutter contre l’occupation anarchique des rues et des trottoirs. Pour d’autres, les méthodes employées par certains agents sur le terrain doivent être davantage encadrées afin d’éviter les abus et de préserver les moyens de subsistance des petits commerçants.
Dans ce contexte, la poursuite de l’opération dépendra notamment de la capacité des autorités à faire respecter les règles d’assainissement, tout en garantissant le respect des droits des citoyens et en sanctionnant effectivement tout comportement violent ou abusif.
HERVÉ KABWATILA



























































