À près de deux ans des scrutins prévus en 2028 selon la constitution de la République démocratique du Congo, l’opposition et le pouvoir en place ont lancé les hostilités.
À Kinshasa comme dans les grandes villes du pays, les antagonistes mesurent leur capacité à mobiliser la rue en fonction des intérêts.
Alors que le bloc de l’opposition regroupé au sein de la coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) milite contre le changement de la constitution et le glissement électoral, la majorité au pouvoir, elle, soutient ouvertement un troisième mandat du président en exercice, Félix Tshisekedi et, a déjà enclenché les processus de la révision constitutionnelle à travers une loi référendaire déclarée conforme par la Cour constitutionnelle.
Dans ce contexte, les deux bords sont descendus dans les rues du pays comme une sorte de démonstration de force. Après la marche de la C64, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et ses alliés au sein de l’Union Sacrée de la Nation, ont manifesté ce 22 septembre, pour dire oui au dialogue national et au changement de la constitution.
Si pour le clan du président Tshisekedi, cette marche a démontré sa popularité, l’opposition y voit plutôt un traitement de faveur.
Dans une déclaration faite le même jour, Delly Sesanga, président d’ENVOL et co-créateur de la C64 aux côtés de Martin Fayulu, Matata Ponyo, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, a dénoncé une politique de double standard.
« Que l’UDPS marche : c’est son droit. Mais, en démocratie, ce droit ne peut devenir le privilège exclusif du parti au pouvoir », a-t-il déclaré.
Selon lui, la marche du parti au pouvoir a été encadrée par les forces de l’ordre tandis que celle de l’opposition réprimée.
« Une semaine après la répression d’une marche pacifique de l’opposition, voilà que la manifestation du pouvoir, elle, bénéficie d’un itinéraire concerté et d’un encadrement sécuritaire. Ce deux poids, deux mesures révèle une conception inquiétante des libertés publiques : garanties aux gouvernants, mais refusées à leurs adversaires. Le peuple congolais connaît ces mises en scène où les slogans triomphants et la mobilisation organisée tentent de masquer l’essoufflement du régime », a dénoncé le candidat à la présidentielle de 2023.
L’opposant déplore également le recul de la démocratie.
« Lorsque la rue est interdite à l’opposition, mais aménagée pour le parti au pouvoir, la démocratie n’est plus qu’un discours creux.
L’histoire ne se répète pas toujours, mais elle bégaye. Tandis que la musique officielle retentit, l’horloge républicaine, elle, poursuit inexorablement sa marche », a-t-il ajouté.
En dépit de ce qu’il dénonce, Delly Sesanga a affirmé que l’opposition ne pliera pas. Il a indiqué que les manifestations se poursuivront afin d’exiger l’alternance politique en 2028.
« Par la mobilisation pacifique et par les urnes, le peuple congolais fera respecter la Constitution et imposera l’alternance démocratique. Le calendrier, lui, ne fait pas de sentiment : dans 851 jours, le mandat prendra fin. Cap sur 2028. En attendant, pas changement de constitution, pas de troisieme mandat, pas de glissement au-dela de 2028 », a-t-il martelé.
Au cours de la marche de la C64 du 17 septembre, plusieurs manifestants ont été molestés et d’autres blessés après des échauffourées avec des membres de la Force du progrès, une structure de la jeunesse de l’UDPS. À Kinshasa, le bilan a fait d’un mort dans le rang du parti ADD Congo du porte-parole de Lamuka, Prince Epenge et plusieurs blessés.
Le ministre de la Justice a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire pour établir les responsabilités.
Mont Carmel NDEO



























































