Le cardinal Fridolin Ambongo a lancé un appel en faveur d’un dialogue politique inclusif pour sortir la République démocratique du Congo (RDC) de la crise sécuritaire et politique qui la secoue. Sans citer directement le président Félix Tshisekedi, l’archevêque métropolitain de Kinshasa a dénoncé les exclusions et les préalables qui entravent, selon lui, les efforts de dialogue entre les protagonistes de la crise congolaise.
Dans une déclaration marquée par un ton ferme, le prélat a rappelé que la recherche de la paix exige de dépasser les antagonismes politiques et militaires pour privilégier une démarche fondée sur l’écoute, la reconnaissance mutuelle et la réconciliation.
Pour le cardinal Fridolin Ambongo, la résolution durable de la crise congolaise passe nécessairement par un dialogue ouvert à toutes les parties concernées, y compris celles considérées comme des adversaires.
« Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue », a-t-il déclaré.
Par cette prise de position, le cardinal souligne les limites d’un processus de concertation qui écarterait certains acteurs en raison de leurs positions politiques ou de leur implication dans les conflits en cours.
Insistant sur la nécessité de dépasser les divisions, il estime que le dialogue constitue une voie incontournable pour parvenir à une paix durable.
« Le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis », a-t-il affirmé.
Le prélat a également rappelé que la paix ne se construit pas uniquement entre personnes partageant les mêmes convictions, mais entre adversaires capables de se reconnaître mutuellement et de rechercher une issue commune à leurs différends.
« La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères », a-t-il insisté.
Le cardinal Ambongo a par ailleurs exprimé ses préoccupations face aux obstacles qui, selon lui, empêchent l’ouverture d’un véritable dialogue politique en République démocratique du Congo.
« Aujourd’hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu », a-t-il déploré.
Sans désigner explicitement le chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, ces propos mettent en lumière les divergences autour des conditions de participation aux initiatives de dialogue destinées à résoudre la crise nationale.
Le cardinal reconnaît néanmoins que les réticences de certains acteurs trouvent leur origine dans des blessures profondes, des méfiances persistantes et les violences subies par les populations.
« Je comprends les blessures et les méfiances : elles sont réelles, et le sang versé crie justice », a-t-il reconnu.
Il estime toutefois que ces souffrances ne devraient pas constituer un obstacle définitif à la recherche d’une solution politique.
« Mais je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n’y aura pas de paix », a-t-il martelé.
Dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité dans l’est de la RDC, le cardinal Ambongo a également mis en garde contre l’idée selon laquelle la seule réponse militaire pourrait mettre un terme durable aux conflits.
« La force militaire seule n’apportera pas la paix au Congo ; seul un processus politique inclusif le pourra », a-t-il déclaré.
Cette position traduit sa conviction que les opérations militaires, même lorsqu’elles permettent de modifier le rapport de force sur le terrain, ne peuvent à elles seules résoudre les causes politiques et relationnelles des conflits.
Pour le prélat, une sortie de crise durable suppose donc une démarche politique capable de prendre en compte les différentes parties, tout en recherchant les conditions d’une coexistence pacifique.
Son appel remet ainsi au centre du débat la question de l’inclusivité des mécanismes de dialogue, dans un pays où les initiatives de paix se heurtent régulièrement à des divergences sur les participants, les conditions préalables et les objectifs des négociations.
Le cardinal Ambongo a résumé sa vision de la paix en opposant les conséquences de la violence armée aux possibilités offertes par le dialogue.
« La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères. C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise », a-t-il déclaré.
Cette référence à Assise donne à son intervention une dimension spirituelle, en faisant de la fraternité et de la réconciliation des éléments essentiels de la recherche de la paix.
Au-delà des considérations politiques, le cardinal invite ainsi les responsables congolais à privilégier une approche qui place la dignité humaine et la préservation des vies au-dessus des rivalités.
À travers cette intervention à Rome, Fridolin Ambongo réaffirme son plaidoyer en faveur d’une solution politique à la crise congolaise. Sans s’en prendre nommément au président Félix Tshisekedi, ses déclarations interpellent les responsables qui définissent les conditions et les limites d’un éventuel dialogue national.
Le message du prélat est sans équivoque : la paix ne peut reposer exclusivement sur la confrontation militaire ni sur un processus dont les participants seraient déterminés à l’avance sans possibilité de concertation.
HERVÉ KABWATILA



























































