« Lorsqu’une Nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place — selon leurs intérêts, leurs priorités et leurs stratégies. La souveraineté commence donc dans l’esprit. » C’est par cet avertissement sans concession, prononcé le 20 août 2026, que le Président de la République démocratique du Congo a marqué les esprits lors de la double cérémonie de clôture de l’année académique 2025-2026 et du lancement de la session 2026-2027 du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD). Face à un parterre de dirigeants de premier plan — dont le Président burundais Évariste Ndayishimiye et les émissaires officiels des chefs d’État de la République du Congo et de la République centrafricaine —, Kinshasa a envoyé une onde de choc doctrinale à toute la sous-région.
En célébrant avec faste le 10e anniversaire du CHESD, véritable sanctuaire de l’intelligence stratégique congolaise, le chef de l’État a théorisé une rupture historique : la sécurité ne s’organise plus par procuration, elle se conceptualise à domicile.
Pendant des décennies, la sous-région des Grands Lacs et l’Afrique centrale ont trop souvent subi des feuilles de route, des architectures sécuritaires et des interventions théorisées dans les chancelleries occidentales ou les instances multilatérales. En affirmant que la souveraineté commence par « la capacité de comprendre les menaces et de définir nos intérêts vitaux », le Président congolais signe l’acte de décès de la naïveté géopolitique.
Ce discours fort, délivré devant des partenaires régionaux clés, rappelle que la paix à l’Est de la RDC et dans le bassin du Congo ne dépendra ni des résolutions onusiennes amorphes, ni des concessions asymétriques, mais d’une doctrine militaire et scientifique endogène. Le CHESD s’impose ainsi comme la forge de cette autonomie cognitive, transformant les officiers supérieurs et les hauts cadres civils en architectes d’une défense intransigeante.
La présence physique du Président burundais et des représentants de Brazzaville et de Bangui confère à cet événement une dimension hautement politique. L’Afrique centrale et la région des Grands Lacs partagent le même diagnostic : la porosité des frontières et l’imbrication des menaces (groupes armés, terrorisme, pillage des ressources) exigent une riposte concertée.
Cependant, cette coopération ne peut plus être dictée de l’extérieur. En réunissant ses pairs au CHESD, la RDC se positionne comme le pivot d’une nouvelle solidarité stratégique africaine. L’enjeu est clair : accorder les violons pour éviter que les puissances impérialistes ne profitent des divisions locales pour imposer leurs propres agendas géopolitiques.
En 10 ans d’existence, le CHESD a cessé d’être une simple école militaire pour devenir le laboratoire du sursaut national. Former l’élite à décoder les guerres hybrides, la guerre économique et les cyber-menaces est devenu l’intérêt vital prioritaire du pays.
En ouvrant l’année académique 2026-2027, les défis restent colossaux notamment traduire le discours présidentiel en stratégies opérationnelles sur le terrain. Aligner les moyens de défense sur les ambitions politiques affirmées. Consolider le lien entre l’expertise scientifique et le commandement militaire.
Le message de Kinshasa est désormais limpide et gravé dans le marbre du CHESD : le Congo a réappris à penser sa sécurité, et quiconque voudra traiter avec lui devra désormais composer avec sa propre définition de la souveraineté.
JAMES KABWE


























































