Dans une déclaration politique d’une virulence inédite, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, est sorti de sa réserve pour peindre un tableau sombre de la gouvernance actuelle du pays. Face à ce qu’il qualifie de dérive dictatoriale et de faillite sécuritaire, l’ancien chef de l’État appelle la population congolaise à un sursaut patriotique.
« Le peuple a rendez-vous avec l’histoire »
C’est un réquisitoire implacable que Joseph Kabila a dressé contre le pouvoir en place mené par Félix Tshisekedi. Constatant la dégradation continue de la situation générale du pays, l’ex-président estime que la nation touche le fond.
« Le Congo est en péril. Le sauver est un impératif et une urgence. Trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger et ne pouvant compter sur personne d’autre que lui-même, le peuple congolais, première victime de la tyrannie et de cette barbarie, a rendez-vous avec l’histoire. Ou bien il se prend en charge aujourd’hui, ou il trahit son destiny de grandeur », a martelé le sénateur à vie.
Par ces mots, Joseph Kabila rejette explicitement la légitimité des dirigeants actuels, les accusant d’avoir rompu le pacte de protection nationale et de mener le pays vers le chaos.
Diplomatie et minerais critiques : l’illusion d’un soutien américain
Abordant le volet géopolitique et économique, l’ancien président a fustigé l’attitude de Kinshasa face aux partenaires occidentaux, et plus particulièrement vis-à-vis de Washington. Selon lui, le régime actuel commet une grave erreur d’appréciation en se croyant intouchable grâce à ses ressources naturelles.
« Il n’y a pas non plus quoi que ce soit à attendre de ce pouvoir. Parce qu’il a signé l’accord sur les minerais critiques avec les États-Unis d’Amérique, il se croit à tort assuré du soutien inconditionnel de ce pays », analyse-t-il.
Il rappelle à cet effet une règle fondamentale des relations internationales, souvent oubliée par les régimes en quête de parrainage extérieur : « Il oublie, en effet, qu’il s’agit d’un accord entre États et que les droits et obligations des parties sont garantis par le principe de la continuité de l’État, et non par la pérennité d’un régime en place. »
Le « culte de la personnalité » au sein des institutions
Joseph Kabila n’a pas non plus ménagé la classe politique actuelle, visant particulièrement les parlementaires et les animateurs des institutions publiques qui ont renoncé, selon lui, à leur rôle de contre-pouvoir et de gardiens de la Constitution.
Au lieu de défendre les acquis démocratiques, ces derniers se seraient englués dans une flatterie systématique :
« Bien plus, ceux qui siègent et qui auraient dû jouer le rôle que leur assigne la Constitution pour défendre les acquis et garantir le bon fonctionnement des institutions ont fait le triste choix, confortable dans toute dictature, de la surenchère du culte de la personnalité, chantant à longueur de journée les louanges d’un individu qui, pourtant, n’a aucun respect pour eux, encore moins pour notre peuple », dénonce l’ancien chef de l’État.
Cette prise de parole retentissante intervient dans un climat politique de très haute tension en RDC, marqué par le débat autour du changement de la Constitution et une crise sécuritaire persistante à l’Est.
En concluant son message par un appel direct à ce que le peuple « se prenne en charge », Joseph Kabila annonce d’ores et déjà les prémices d’une nouvelle posture politique. L’ancien président promet de partager, dans les jours et semaines à venir, sa vision des actions à entreprendre pour « sauver » la nation. Une déclaration qui promet de faire trembler le microcosme politique de Kinshasa.
JAMES KABWE


























































