Un an jour pour jour après la démission fracassante de Vital Kamerhe du perchoir de l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement congolais semble incapable de rompre avec ses vieux démons. À l’hémicycle de Lingwala, le changement de leadership n’a pas brisé le cycle des crises. Les mêmes causes continuent de produire les mêmes effets systémiques : grogne sociale généralisée, opacité financière et persistance du fléau de la « Maboko Banque ». Enquête sur une institution en crise.
Le constat est amer pour l’institution censée voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Douze mois après le séisme politique qui a emporté l’ancien président de la chambre basse, tous les signaux d’alarme virent au rouge vif. La crise des impayés, loin de s’estomper, s’est métastasée à tous les échelons du Palais du Peuple, créant une improbable chaîne de solidarité dans la précarité.
*Des députés aux administratifs : la misère au Palais du Peuple*
Du haut de la pyramide jusqu’à sa base, les plaintes s’accumulent. En coulisses, et parfois à haute voix, les députés nationaux murmurent leur colère face aux retards chroniques de leurs émoluments. Mais la situation est encore plus dramatique pour les petites mains du Parlement. Les assistants parlementaires et le personnel administratif accumulent les arriérés de salaire ainsi que le retard devenu chronique dans la paie. Une précarité asphyxiante, jugée incompatible avec le prestige de la deuxième institution du pays.
Pour ne rien arranger, le passif humanitaire s’alourdit. Les membres des cabinets politiques sortants, notamment ceux des bureaux Kamerhe et Munongo, continuent de réclamer en vain leurs indemnités de sortie. Ces fonds restent inexplicablement bloqués dans les méandres des circuits financiers de l’État, laissant des centaines de familles dans le désarroi.
*Le triomphe continu de la « Maboko Banque »*
Alors que l’opinion publique congolaise espérait des réformes profondes en matière de transparence après l’ère Kamerhe, le mode de gestion financière de l’Assemblée nationale n’a subi aucun électrochoc. Le système décrié de la « Maboko Banque » a toujours force de loi.
Cette pratique, qui consiste à manipuler et à distribuer d’importantes sommes d’argent liquide de main à main, en dehors de tout circuit bancaire formel et sécurisé, continue de faire recette. Ce système archaïque maintient délibérément l’institution dans une zone de non-droit financier. Selon plusieurs observateurs, il favorise le clientélisme, facilite les retenues arbitraires et empêche toute traçabilité des fonds publics alloués à la dotation de la chambre.
*L’ignorance totale des budgets réels*
Le symptôme le plus frappant de ce déni de démocratie financière est l’ignorance généralisée qui règne au sein même des cabinets. Aujourd’hui, les membres des cabinets politiques et le personnel d’appoint avouent ne pas connaître le montant réel de ce que l’État paie ou devrait leur payer.
Les grilles salariales restent un secret d’initiés. Les montants décaissés par le Trésor public subissent une telle évaporation avant d’atteindre leurs bénéficiaires finaux que nul ne sait à combien s’élève sa rémunération réelle.
« Nous travaillons à l’aveugle. On nous donne ce qu’on veut, quand on veut, sans aucun bulletin de paie formel ni explication », confie sous couvert d’anonymat un conseiller parlementaire dépité.
Un an après le départ de Vital Kamerhe, force est de constater que le mal de l’Assemblée nationale dépasse la simple gouvernance des individus : il est structurel. Faute d’une bancarisation intégrale, obligatoire et transparente, l’institution vacille sur ses fondations, abandonnant ses travailleurs à une crise sociale qui ne dit pas son nom.
Le tableau est radicalement inverse à la chambre haute. Sous la houlette de son président Jean-Michel Sama Lukonde, le Sénat a pris une longueur d’avance administrative et sociale majeure.
La haute institution a réussi le pari de la modernisation financière en mettant définitivement fin au système dit de la « Banque Maboko » (le paiement des primes et salaires de main à main en espèces), une pratique historique qui favorisait le détournement et le favoritisme. Aujourd’hui au Sénat :
• Les émoluments et les primes sont versés dans les délais prescrits et sans aucune irrégularité.
• La bancarisation intégrale sécurise les revenus des sénateurs et du personnel d’appoint.
• Le climat social est apaisé, permettant un travail législatif serein.
Deux salles, deux ambiances au Palais du Peuple
Cette étude comparative pose une question fondamentale sur la gouvernance des institutions en RDC. Comment deux chambres logées dans le même complexe parlementaire, dépendant du même budget républicain, peuvent-elles connaître des trajectoires si opposées ?
Alors que le Sénat prouve qu’une gestion rigoureuse et numérisée est possible à Kinshasa, l’Assemblée nationale continue de s’enfoncer dans un gouffre financier qui ternit son image. Si rien n’est fait pour auditer et redresser la barre à la chambre basse, la grogne sociale risque de paralyser totalement la session de septembre 2026.
JAMES KABWE



























































