Le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé de maintenir la présence de la mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC) en prorogeant à l’unanimité le mandat de la Monusco pour une durée d’un an. Cette décision intervient alors que le gouvernement congolais et l’ONU avaient entamé un retrait progressif de la mission.
Déployée dans les provinces de l’Est depuis 1999, la Monusco avait commencé en février 2024 un désengagement, débutant par le Sud-Kivu. Ses bureaux, notamment celui de la ville d’Uvira, ont déjà fermé leurs portes.
Cependant, l’escalade des hostilités, en particulier l’offensive de l’AFC-M23, a conduit à une réévaluation de cette stratégie. Soutenus par le Rwanda, les rebelles ont, en quelques semaines, pris le contrôle des principales villes du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, établissant des administrations parallèles.
La prorogation du mandat de la Monusco suspend logiquement le processus de désengagement, compte tenu de la situation chaotique sur le terrain.
La résolution rappelle que le retrait progressif de la Monusco dépendra du renforcement des capacités et de l’autorité de l’État congolais, un objectif encore lointain dans une région où l’accès humanitaire s’effondre et où les déplacements forcés se multiplient.
« Un mandat à l’image de l’ambition américaine »
Bien que la Chine et la Russie aient exprimé des réserves, mettant en garde contre la « politisation » de la mission, Washington s’est félicité de la décision.
Lors de la réunion du vendredi 19 décembre, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Jennifer Locetta, a affirmé que cette mission de maintien de la paix était stratégiquement positionnée pour soutenir les efforts du président américain visant à instaurer la paix dans la région. Elle a cependant déploré que les négociations sur le renouvellement du mandat de la Monusco aient été perturbées par les actions du M23 et du Rwanda, qu’elle a accusés de tenter de saboter le processus de paix.
L’ambassadrice a signalé que les États-Unis envisageaient d’autres modifications du mandat pour faciliter la mise en œuvre du cadre de Doha. « Malheureusement, l’avancée du M23, soutenue par les forces de défense rwandaises, et les violations des engagements pris par le M23 dans le cadre de Doha, ont rendu ces modifications impossibles », a-t-elle déclaré, condamnant l’avancée du M23 sur Uvira et le soutien du Rwanda, en violation des accords de Washington.
Elle a également réaffirmé l’engagement des États-Unis envers les accords de Washington et leurs promesses de paix et de prospérité pour l’est de la RDC, tout en soutenant les efforts en cours dans le cadre du processus de Doha.
« Si le M23 et le Rwanda choisissent de respecter leurs engagements, la Monusco sera en mesure d’appuyer la mise en œuvre des deux processus. La mission est prête à fournir l’assistance logistique nécessaire pour garantir la surveillance et la vérification du cessez-le-feu, par le biais des mécanismes convenus entre le M23 et la RDC. Ce nouveau mandat renforcera les efforts de démobilisation et de rapatriement des membres des FDLR dans le cadre des actions menées par la Monusco, en assurant leur efficacité », a ajouté la diplomate.
« Que les choses soient claires : la Monusco a un rôle clé à jouer, mais la responsabilité d’honorer ses engagements incombe exclusivement aux parties. Si celles-ci s’acquittent de leurs obligations, la Monusco pourra jouer un rôle encore plus significatif, notamment en facilitant la reprise de l’aide humanitaire, essentielle pour la population locale, et en intervenant pour prévenir les violations du cessez-le-feu entre les parties, parmi d’autres tâches critiques », a-t-elle poursuivi.
Un Américain pressenti pour succéder à Bintou Keita ?
La Monusco est l’une des rares missions de l’ONU soutenues par les États-Unis de Donald Trump, qui cherchent à faire appliquer l’accord de paix qu’ils ont aidé à conclure.
Mais derrière ce soutien se cache tacitement l’ambition du gouvernement américain de contrôler la mission onusienne, alors qu’un partenariat stratégique (deal minier) a été signé avec la République démocratique du Congo.
Depuis le 30 novembre dernier, Bintou Keita n’est plus la représentante du secrétaire général de l’ONU et cheffe de la Monusco. Des sources diplomatiques évoquent deux Américains qui maîtrisent bien les rouages politiques de la RDC pour lui succéder : David Gressly, ancien numéro deux de la mission pendant six ans, et James Swan, représentant spécial du secrétaire général en Somalie et ancien ambassadeur des États-Unis en RDC entre 2013 et 2016.
Selon un ancien fonctionnaire onusien s’exprimant sous couvert d’anonymat, le choix d’un Américain à ce poste n’est pas anodin. L’administration Trump exerce en effet des pressions pour placer un candidat américain à la Monusco, dans un contexte où la RDC et les États-Unis ont signé cet accord axé sur les minerais stratégiques.
Actuellement, près de 10 000 Casques bleus et plus de 1 000 officiers de police sont déployés au Nord-Kivu et en Ituri.
La situation sécuritaire demeure précaire et la réponse humanitaire peine à suivre, rendant difficile tout espoir d’une réduction de la présence onusienne. Le champ d’opération de la mission est désormais circonscrit au Nord-Kivu et à l’Ituri, bien que des activités de surveillance liées au cessez-le-feu soient autorisées au Sud-Kivu.
Mont Carmel NDEO































































