La déclaration de l’Église du Christ au Congo (ECC), issue de sa 66ᵉ session extraordinaire tenue dimanche 07 juin 2026 à Kinshasa, continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Alors que la plateforme protestante a appelé à un dialogue inclusif et apaisé avant toute réforme constitutionnelle, plusieurs figures de l’opposition y voient une position ambiguë susceptible de favoriser le projet de révision de la Constitution attribué au président Félix Tshisekedi.
Dans son communiqué final, l’ECC a estimé que les réflexions sur les réformes constitutionnelles pouvaient être « pertinentes et constructives », à condition qu’elles s’inscrivent dans un cadre de dialogue national inclusif. Une approche qui ne convainc pas certains opposants, lesquels considèrent qu’une telle démarche pourrait ouvrir la voie à une remise en cause des dispositions protégées par la Constitution du 18 février 2006.
Depuis son exil, l’opposant Claudel André Lubaya a réagi ce lundi à cette prise de position. Dans une tribune rendue publique, il reproche à l’ECC de ne pas avoir clairement réaffirmé l’intangibilité des dispositions consacrées par l’article 220 de la Constitution, notamment celles relatives à la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Selon lui, conditionner toute réforme constitutionnelle à un dialogue inclusif sans rappeler explicitement les verrous constitutionnels existants revient à laisser planer le doute sur leur maintien. « En l’absence d’une affirmation claire de l’intangibilité de ces dispositions, la porte reste implicitement ouverte à leur remise en cause », estime-t-il, appelant l’ECC à clarifier publiquement sa position.
Une lecture partagée par l’opposant Seth Kikuni, membre du mouvement « Sauvons la RDC ». Dans une déclaration, ce dernier a interpellé les responsables de l’ECC, les révérends André-Gédéon Bokundoa et Éric Senga, leur reprochant un manque de fermeté face à ce qu’il considère comme une menace contre l’ordre constitutionnel.
Pour Seth Kikuni, qualifier de « pertinentes et constructives » les réflexions sur les réformes constitutionnelles revient à mettre sur le même plan la défense de l’État de droit et des initiatives susceptibles de conduire à une concentration excessive du pouvoir. Il juge que l’institution protestante aurait dû adopter une position plus explicite en faveur du respect strict des dispositions constitutionnelles existantes.
L’opposant a également évoqué le contexte social et sécuritaire du pays, marqué notamment par les violences persistantes dans l’Est de la RDC, l’épidémie d’Ebola qui touche certaines provinces ainsi que les difficultés socio-économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses familles congolaises. Selon lui, ces défis devraient constituer les priorités du moment plutôt qu’un débat sur une éventuelle révision de la Constitution.
« Face aux populations sous les bombes au Nord-Kivu, frappées par Ebola en Ituri ou confrontées à la faim à Kinshasa, l’ECC doit sortir de toute neutralité complaisante et appeler clairement au respect des articles 218, 219 et 220 de la Constitution », a-t-il déclaré.
Ces réactions illustrent la sensibilité persistante du débat sur l’avenir de la Constitution congolaise. Alors que les partisans d’une réforme estiment nécessaire d’adapter certains mécanismes institutionnels aux réalités actuelles du pays, l’opposition demeure convaincue que toute initiative touchant aux dispositions protégées par l’article 220 constituerait une menace pour l’alternance démocratique et la stabilité institutionnelle de la République démocratique du Congo.
Pour l’instant, le débat reste donc ouvert, dans un contexte où les prises de position des confessions religieuses continuent d’exercer une influence importante sur la vie politique nationale.
HERVÉ KABWATILA





























































