Au cours d’un entretien accordé à un média belge, l’ancien chef de l’État Joseph Kabila a livré sa lecture de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon le président honoraire, la résolution de la crise passe d’abord par une bonne identification du problème, puis par la définition de pistes de solution.
« Si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables. Cela veut dire avoir une bonne lecture de la situation. Identifier le problème. Et par la suite, identifier les pistes de solution. C’est ce qu’on avait fait en 2001, il y a 25 ans. On s’était dit qu’il n’y avait pas dix mille pistes de solution. Soit on continuait la guerre, soit on faisait la paix. On était peut-être très jeunes mais je pense qu’on était plus sages que la plupart des vieux d’aujourd’hui. On a levé l’option de faire la paix, de réunifier le pays. Ça a été tout un cheminement qui nous a permis de laisser ce pays uni, réconcilié. Pas nécessairement à 100 %, mais réconcilié. On était très loin de la situation actuelle faite de tribalisme, de népotisme, avec une vraie dictature qui vient de s’installer », a déclaré Joseph Kabila.
À défaut, l’autorité morale du Front commun pour le Congo (FCC) craint que le pays ne connaisse un sort similaire à celui du Soudan.
« Je ne pense pas, mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. Et si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables. Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », a‑t‑il averti.
Se fondant sur son expérience lors de son arrivée au pouvoir en 2001, à une époque où le pays faisait face à une crise sécuritaire inédite, le prédécesseur de Félix Tshisekedi rappelle avoir encouragé l’actuel gouvernement à choisir la paix par le dialogue. Il a toutefois déploré l’attitude « va‑t‑en‑guerre » affichée à Kinshasa.
« La guerre, c’est un choix. La paix aussi. Je me réfère toujours à ce qu’on a vécu en 2001 parce que c’était une situation inédite sur le continent, avec plusieurs armées étrangères sur le territoire national, des mouvements rebelles qui avaient le contrôle tantôt de l’Est, de l’Ouest, du Nord et plusieurs groupes armés. Dans ce contexte, opter pour la paix n’était pas facile. En septembre ou octobre 2001, on avait un sommet à Luanda, en Angola, avec nos alliés les présidents dos Santos (Angola), Mugabe (Zimbabwe) et Nujoma (Namibie). L’ordre du jour, c’était la situation en RDC. Je leur ai dit que les Congolais devaient s’approprier le processus de leur pays. Que tous les pays qui étaient impliqués en RDC devaient partir. Ce fut un débat très long mais on a gardé le cap. Un peu plus tard, à Harrare (Zimbabwe), et je leur ai répété que l’option de la paix était la meilleure et passait par un dialogue inclusif avec tous les Congolais sans exception, société civile, classe politique, tous ceux qui ont pris les armes. Un an plus tard, on avait l’accord de Sun City et quelques mois après, un gouvernement, une transition », a-t-il relaté.
« Aujourd’hui, je dois constater qu’il n’y a plus la même sagesse. On a plutôt des va-t-en-guerre au pouvoir. Moi, tout en n’étant pas pacifiste, j’aime la paix. J’avais conseillé, dès le départ, à ceux qui sont aujourd’hui à Kinshasa d’opter pour la négociation. La réponse a toujours été “on va faire la guerre”. Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », a-t-il argué.
La prise de position du président honoraire intervient alors que le gouvernement s’est engagé dans des négociations avec le mouvement AFC‑M23 à Doha et mène des discussions bilatérales avec le Rwanda à Washington. Des accords de « paix » ont été signés mais sans résultats.
Malgré ce chapelet de bonnes intentions sur le papier, la situation sécuritaire demeure préoccupante sur le terrain : des affrontements se poursuivent et la population civile en paie le lourd tribut.
Carmel NDEO





























































