La décision de réinstaller un poste de police à proximité de la paroisse Saint-Théophile, dans la commune de Kimbanseke, marque une nouvelle tentative des autorités de reprendre le contrôle sécuritaire dans l’est de la capitale congolaise, secouée par une recrudescence d’actes de banditisme.Annoncée samedi 2 mai 2026 par le commissaire provincial de la Police nationale congolaise (PNC)/Kinshasa, Israël Kanku, cette mesure intervient au lendemain d’une attaque violente perpétrée contre cette paroisse catholique.
Des hommes armés non identifiés ont profané les lieux, emporté plusieurs biens de valeur et grièvement blessé un prêtre, actuellement pris en charge dans une structure hospitalière.
Lors de sa descente sur le terrain, le chef de la police kinoise a justifié la réinstallation du poste par la nécessité de sécuriser les habitants et leurs biens dans cette zone réputée sensible. Le site choisi, situé près de la rivière Tsanga, avait été abandonné après des violences entre policiers et habitants, consécutives à la mort par noyade d’un suspect arrêté, présenté comme un membre de gangs urbains dits “kuluna”.
« Nous allons réinstaller le poste de police ici (…) une collaboration étroite est nécessaire pour que tout individu suspect soit arrêté grâce à vos dénonciations », a-t-il déclaré, appelant à une coopération accrue entre population et forces de l’ordre.
Sur place, cette annonce a suscité un soulagement prudent parmi les riverains, qui réclament depuis plusieurs mois un renforcement visible du dispositif sécuritaire.
L’attaque de la nuit du 30 avril au 1er mai n’est pas un cas isolé. Selon des sources ecclésiastiques, la paroisse Saint-Théophile aurait été visée à au moins deux reprises en l’espace d’un mois, notamment autour des célébrations de Pâques. Les assaillants auraient profité d’une faible présence policière pour opérer.
Alerté, Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, s’est rendu sur les lieux dès le lendemain des faits. Il y a exprimé son indignation face à ce qu’il a qualifié de « faillite sociale », dénonçant une dégradation persistante du climat sécuritaire dans cette partie de la capitale.
« Ce qui se passe ici est révélateur d’un malaise profond dans notre société », a-t-il déclaré devant les fidèles, appelant les autorités à prendre des mesures urgentes. Les autorités policières affirment avoir interpellé plusieurs suspects à la suite de cette attaque.
Parmi eux figureraient deux individus déjà impliqués dans des cambriolages antérieurs, ainsi qu’un troisième suspect directement lié aux événements récents. Ce dernier devrait être présenté devant la justice dans les prochains jours. Cependant, ces arrestations peinent à dissiper les inquiétudes d’une population confrontée à une insécurité persistante.
Cette nouvelle attaque s’inscrit dans un contexte plus large de recrudescence des violences urbaines à Kinshasa. Les actes criminels sont fréquemment attribués aux groupes de jeunes délinquants connus sous le nom de “kuluna”, dont les activités alimentent un climat de peur dans plusieurs communes de la capitale.
La situation alimente également les tensions sur le plan politique. Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, récemment visé par une motion de défiance à l’Assemblée nationale — qu’il a toutefois évitée — fait face à des critiques croissantes sur la gestion de la sécurité publique.
Si la réinstallation du poste de police est perçue comme un signal positif, elle ne suffira pas, selon plusieurs observateurs, à enrayer durablement l’insécurité sans une stratégie globale incluant prévention, justice et encadrement des jeunes.
Dans les rues de Kimbanseke, l’espoir d’un retour à la normale se mêle ainsi à une certaine réserve. Pour beaucoup d’habitants, la véritable épreuve sera celle de la durée : voir si, au-delà des annonces, l’État parvient à restaurer une sécurité effective et durable.
HERVÉ KABWATILA






























































