Le sénateur Salomon Kalonda Della a lancé un appel solennel au président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, afin qu’il mette un terme au processus de révision constitutionnelle actuellement examiné par la Chambre haute du Parlement. Dans une lettre ouverte publiée ce lundi 15 juin 2026, l’élu de l’opposition exhorte le président du Sénat à suivre l’exemple de son prédécesseur, Léon Kengo wa Dondo, qui s’était opposé en 2015 à une initiative perçue comme destinée à prolonger le maintien au pouvoir de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila.
Dans cette correspondance adressée à la deuxième personnalité de l’État, Salomon Kalonda estime que le Sénat dispose encore des moyens institutionnels nécessaires pour empêcher l’adoption définitive du texte déjà voté à l’Assemblée nationale.
« Le Sénat n’a pas encore dit son dernier mot. Cette chambre, gardienne des provinces et de l’équilibre de la Nation, n’est pas une chambre d’enregistrement. Elle a le devoir, et la possibilité, de mettre un terme à cette aventure avant qu’elle ne devienne irréversible, comme l’avait fait à l’époque le Président du Sénat Kengo wa Dondo », écrit-il.
S’adressant directement à Jean-Michel Sama Lukonde, le sénateur affirme que ce dernier porte une responsabilité historique dans ce dossier.
« L’histoire vous regarde. Elle retiendra soit que vous avez été celui qui a liquidé l’héritage démocratique de la RDC, soit celui qui, au moment décisif, a choisi la patrie plutôt que le pouvoir », poursuit-il.
Dans sa lettre, Salomon Kalonda critique également l’opportunité même de cette proposition de loi référendaire dans un contexte marqué, selon lui, par une grave crise sécuritaire et humanitaire.
« Au moment où notre Nation traverse l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus aiguës de son existence, l’introduction d’une proposition de loi référendaire visant à changer la Constitution de la République n’est pas seulement inopportune, elle constitue une faute historique », affirme-t-il.
Le sénateur souligne que sa démarche se veut avant tout patriotique et non partisane. Il estime que l’histoire politique de la RDC démontre que les crises institutionnelles ont souvent été provoquées par des modifications des textes fondamentaux visant à préserver le pouvoir en place.
Pour Salomon Kalonda, la Constitution du 18 février 2006 constitue l’un des principaux acquis du processus de paix ayant suivi les conflits armés qui ont secoué le pays. Il rappelle qu’elle est issue du dialogue intercongolais de Accords de Sun City et qu’elle a été conçue pour garantir l’alternance démocratique. Selon lui, toute remise en cause de cet équilibre risquerait de fragiliser davantage les institutions du pays.
Le sénateur interpelle également le président de la République, Félix Tshisekedi, en invoquant l’héritage politique de son père, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure emblématique de la lutte pour la démocratie en RDC.
« C’est une trahison à la mémoire des treize parlementaires parmi lesquels figure en tête de liste le Patriarche Étienne Tshisekedi wa Mulumba », soutient-il, accusant le pouvoir de reproduire des pratiques qu’il dénonçait autrefois.
Poursuivant son argumentaire, Salomon Kalonda estime que la situation sécuritaire dans l’Est du pays ne permet pas l’organisation sereine d’un référendum constitutionnel.
« Notre pays est de facto divisé. L’État central n’a pas la souveraineté sur une partie majeure de l’Est du territoire. Dans ce contexte, l’urgence ne saurait être aux ambitions de conservation du pouvoir. Organiser un référendum dans cet environnement, c’est entériner cette division du pays », déclare-t-il.
Cette sortie médiatique intervient alors que le débat sur la révision de la Constitution continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Tandis que les partisans du projet défendent la nécessité d’adapter certaines dispositions aux réalités actuelles du pays, plusieurs acteurs de l’opposition y voient une menace pour les acquis démocratiques consacrés par la Constitution de 2006.
Le Sénat, désormais saisi du texte, devra se prononcer dans les prochains jours sur une question qui continue de polariser l’opinion publique et la scène politique nationale.
HERVÉ KABWATILA




























































