Un paysage de désolation, des débris de bois jonchant le sol et des visages marqués par l’angoisse. Un mois après le passage des engins lourds de la Task Force du Service National, le petit marché du Camp Lufungula, situé dans la commune de Lingwala, ne ressemble plus qu’à un lointain souvenir. Aujourd’hui, ce sont principalement les femmes vendeuses, piliers de l’économie informelle locale, qui paient le prix fort de cette opération d’assainissement urbain. Entre larmes et indignation, elles lancent un appel pressant aux autorités, pour la construction d’un marché moderne ou l’attribution immédiate d’un site provisoire.
Menée sous les instructions du commandant de la task force du service national, le general Kasongo Kabwik, l’opération de démolition a arraché un espace commercial historique. Si les autorités locales affirment avoir averti les occupants plusieurs mois à l’avance pour dégager, la réalité sur le terrain est celle d’un choc brutal pour des centaines de familles.
« C’est ici que je gagnais de quoi nourrir mes quatre enfants et payer leurs frais scolaires », confie, les larmes aux yeux, Maman Joséphine, vendeuse de légumes rencontrée sur les lieux. « On nous parle de modernisation et d’élargissement de la route, mais que devenons-nous en attendant ? Nous avons tout perdu en un jour. »
Derrière la disparition de ces étals de fortune se cache une véritable crise sociale. Privées de leur principal outil de travail, de nombreuses commerçantes errent désormais le long des artères environnantes pour écouler à la sauvette le peu de marchandises qui leur reste, s’exposant ainsi aux tracasseries policières et aux risques d’accidents de la circulation.
Face à cette précarité grandissante, le collectif des vendeuses du marché Lufungula s’organise. Elles réclament à l’unanimité que l’État congolais prenne ses responsabilités en érigeant un marché moderne, répondant aux normes de sécurité et d’hygiène, hors des emprises publiques mais accessible à leur clientèle habituelle.
« Nous demandons au Chef de l’État et au Gouverneur Daniel Bumba de penser à la femme congolaise », plaide une représentante des vendeuses. « Si le Service National sait détruire, il doit aussi savoir construire. Nous voulons un endroit digne pour exercer notre commerce légalement, sans craindre de voir nos marchandises confisquées ou écrasées du jour au lendemain. »
En attendant une réponse concrète des autorités urbaines, l’incertitude plane sur le quotidien de ces centaines de femmes. À Kinshasa, la conciliation entre modernisme urbain et survie sociale reste un défi de taille, et le dossier du marché Lufungula s’impose désormais comme un test majeur pour la politique sociale de l’actuel exécutif provincial.
JAMES KABWE



























































