Entre 2000 et 5000 tonnes d’uranium enrichi ou brut auraient quitté clandestinement la République Démocratique du Congo (RDC) en 20 ans. Dissimulé dans des cargaisons de cobalt à destination de la Chine, ce trésor stratégique a voyagé au nez et à la barbe des autorités, selon une enquête choc publiée depuis 30 juillet 2026 par Lighthouse Reports et le Financial Times.
Le point de départ de ce séisme médiatique est un mémo ultra-confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) datant de 2024. Ce document, resté secret jusqu’ici, révèle une faille de sécurité planétaire. Pendant deux décennies, de l’uranium radioactif a été extrait, conditionné et exporté sans aucun contrôle international spécial.
Le journaliste Tomas Statius, coauteur de l’enquête, explique au micro de RFI que le minerai hautement stratégique était tout simplement « noyé » dans les tonnes de cobalt et de cuivre qui quittent quotidiennement le Grand Katanga. Une dissimulation technique facilitée par la nature géologique des sols congolais, où l’uranium cohabite souvent avec le cobalt.
CMOC au cœur de la tempête
L’enquête cible de manière précise le principal site minier incriminé, propriété du géant étatique chinois CMOC (China Molybdenum Company). Selon les données récoltées, les infrastructures de l’entreprise auraient servi de plaque tournante à ce trafic invisible.
La réaction du groupe chinois ne s’est pas fait attendre. CMOC conteste point par point les conclusions du rapport, qualifiant les accusations de « sans fondement » et affirmant respecter strictement les normes environnementales et de traçabilité.
Les zones d’ombre d’un scandale d’État
Face à ce pillage invisible qui fait tressaillir l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), une question brûle toutes les lèvres à Kinshasa : que fait l’État congolais ?
Ce dossier sort du cadre strictement commercial pour toucher à la sécurité globale. L’uranium, composant central du secteur nucléaire civil et militaire, ne peut circuler sans la traçabilité stricte de l’AIEA.
Pour le gouvernement congolais, l’heure n’est plus à la simple constatation, mais à la contre-offensive réglementaire et judiciaire. La Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) subit une pression sans précédent pour auditer ses protocoles de détection par scanner aux frontières. Le ministère des Mines a dépêché une commission d’enquête spéciale sur les sites du groupe chinois CMOC, principal exploitant mis en cause, pour vérifier la teneur radioactive des rejets et des cargaisons prêtes à l’export.
Kinshasa brandit désormais la menace de révisions de contrats miniers, s’appuyant sur le Code minier révisé qui punit sévèrement l’exportation de substances non déclarées.
La solution définitive pour l’exécutif congolais réside dans l’industrialisation locale. Sans usines capables de séparer les métaux sur le sol national, la RDC continuera de vendre sa richesse à l’aveugle. Kinshasa tente d’accélérer l’installation de centres de traitement nationaux pour que chaque gramme de terre exporté soit certifié, pesé et taxé à sa juste valeur.
JAMES KABWE




























































