En République démocratique du Congo, le nouveau report de la marche de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), initialement prévue le 22 juillet, pour exiger la démission du président Félix Tshisekedi, a été mal perçu par des membres de ce bloc.
La coalition, opposée au projet de changement constitutionnel porté par l’Union sacrée de la Nation, se retrouve fragilisée de l’intérieur.
Réunis au siège du LDG de Matata Ponyo, les membres de la C64 ont renoncé à leur manifestation pacifique, indiquant vouloir accorder le bénéfice de la confiance au tandem CENCO-ECC, qui a annoncé la volonté du président Tshisekedi de convoquer un dialogue national inclusif.
Toutefois, cette inflexion a suscité des remous. Dans une série de déclarations, le mouvement « Sauvons la RDC » de Joseph Kabila revendique d’être la seule opposition politique non armée en RDC.
« Il n’y a qu’une seule opposition non armée en RDC : Sauvons la RDC » , affirme Seth Kikuni, candidat aux dernières présidentielles (2018-2023), qui a rallié le camp de l’ancien président de la République.
Pour étayer son propos, Kikuni explique que plusieurs acteurs politiques en exil sont membres dudit mouvement.
« C’est à cause de cela qu’il compte le plus grand nombre de prisonniers et d’exilés politiques. Même leurs passeports confisqués ne sont jamais restitués. C’est Sauvons la RDC qui mettra fin à la tyrannie de Tshisekedi », at-il conclu.
Dans le même sens, l’ancien ministre José Makila a qualifié ce nouveau report de « profonde désillusion ».
À l’instar de Seth Kikuni, l’ancien ministre estime que la volte-face de la C64 jette le discrédit sur sa capacité à tenir le rapport de force face au pouvoir en place.
« Le report de la manifestation du 22 juillet est une profonde désillusion pour tous ceux qui croyaient à une opposition prête à assumer le rapport de force. À l’heure de vérité, la C64 recule. Ce choix ne peut qu’alimenter le doute sur sa capacité à incarner une véritable alternative. Beaucoup y verront la confirmation que la C64 contribue davantage au maintien du statu quo qu’à son renversement »,
a-t-il dénoncé.
« Le peuple congolais n’a pas besoin d’une opposition qui multiplie les annonces avant de battre en retraite. Il a besoin d’une opposition qui tient parole et assume ses responsabilités lorsque l’histoire l’appelle. Je leur ai accordé le bénéfice du doute, mais à compter d’aujourd’hui, je l’affirme sans ambiguïté : face à la tyrannie qui se consolide, le véritable mouvement d’opposition reste Sauvons la RDC », a-t-il ajouté.
De son côté, Félix Kabange Numbi, ex-ministre de la Santé et membre du cercle restreint de Kabila, estime que ce retrait de la C64 offre au président Tshisekedi une marge de manœuvre pour la promulgation de la loi référendaire.
« C64 joue et Tshisekedi gagne. La requête en inconstitutionnalité de la loi sur le référendum a été déclarée recevable mais non fondée. Ainsi, la loi sera jugée conforme. Même si elle n’est pas promulguée, elle le sera de fait. L’article 140 : la menace de C64 est sans effet », a-t-il affirmé.
Au sein du camp de Moïse Katumbi, les uns dénoncent une « démobilisation », tandis que d’autres réclament la dissolution de la C64.
« Il est temps de dissoudre la C64. Plusieurs agendas ne peuvent se concilier. La dynamique ne sera plus jamais la même. Nous demandons au peuple de se désolidariser de la coalition C64. La coalition C64 était créée pour empêcher le changement de la Constitution ; d’où vient l’ultimatum pour la convocation du dialogue ? Nul n’est dupe », a déploré Laurent Onyemba, membre d’Ensemble pour la République.
Pour sa part, Dominique Inamizi Munongo, ancien rapporteur adjoint de l’Assemblée nationale, soupçonne des « arrangements obscurs ».
« Pourquoi reporter la marche du 22 juillet ? C’est vraiment déplorable. On se demande s’il y a des arrangements obscurs en coulisses. La population avait mis tant d’espoir dans la C64… C’est tout simplement pathétique »,
a-t-elle fustigé.
Ces différentes prises de position révèlent les fractures profondes au sein d’une opposition censée empêcher l’actuel président de briguer un troisième mandat à l’expiration de son deuxième et dernier quinquennat prévu en 2028.
Mont Carmel NDEO




























































