Depuis la déclaration officielle de la 17e épidémie d’Ebola en mai 2026, de nouveaux cas confirmés continuent d’augmenter tandis que le nombre de décès a franchi la barre symbolique de 2 000.
Cette flambée, survenant dans une zone déjà marquée par des déplacements massifs de populations consécutifs à une crise humanitaire liée à l’activisme des groupes armés, suscite de vives inquiétudes.
Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le docteur Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies), l’agence de santé publique de l’Union africaine, a reconnu l’inefficacité de la riposte sur le terrain.
Selon lui, ce n’est pas un seul maillon qui dysfonctionne, mais l’ensemble de la chaîne allant de l’alerte communautaire à l’intervention.
« Ce n’est pas un seul élément qui ne fonctionne pas, mais l’ensemble de la chaîne entre l’alerte communautaire et l’intervention. Certains cas sont détectés trop tard ; les listes de contacts sont parfois établies après plusieurs jours ou restent incomplètes ; des contacts se déplacent avant d’avoir été retrouvés ; les résultats de laboratoire ou les informations opérationnelles ne circulent pas toujours assez rapidement ; et les équipes manquent parfois de transport, de communication ou d’accès sécurisé », a déclaré Jean Kaseya.
Il a également évoqué les retards de paiement des intervenants, la fragmentation de la coordination, la faiblesse du dispositif autour des décès communautaires ainsi que l’implication insuffisante des communautés.
« Lorsque 60 % à 70 % des nouveaux cas apparaissent en dehors des listes de contacts, le système ne prévient pas la transmission : il la découvre après qu’elle a déjà eu lieu », a-t-il déploré.
Pour étayer son propos, le directeur général d’Africa CDC a indiqué que plusieurs facteurs expliquent le niveau actuel notamment la détection tardive, arrivée des patients à un stade déjà très avancé, nombre important de décès à domicile, l’interruptions des soins, les difficultés d’accès géographique et l’insécurité.
Il a aussi souligné l’absence, à ce stade, de vaccin ou de traitement spécifiquement homologué contre la souche Bundibugyo.
« Il est également possible que les formes moins graves soient davantage sous-détectées, ce qui réduit artificiellement le dénominateur et augmente le taux de létalité apparent », a dit Jean Kaseya.
Dans cette même veine, le directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), Jacques Muyembe, codécouvreur du virus, a lui aussi alerté sur la propagation rapide d’Ebola.
Le virologue congolais a mis en cause un « problème interne » au sein de la riposte, susceptible d’avoir favorisé l’augmentation des contaminations.
« Il y a un problème interne, au niveau de la coordination nationale de la riposte et chacun a voulu montrer qu’il faisait quelque chose sans que les choses aient été réellement organisées », a indiqué Muyembe, également conseiller spécial du Directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).
Au 10 août, le cumul des cas confirmés atteint 4 449 sur 5 provinces dont 716 patients en isolement ou hospitalisés, 886 guéris et 2 061 décès, soit un taux de létalité de 46,3 %.
Mont Carmel NDEO




























































