Kinshasa vient de vivre un mirage. Pendant quelques semaines, les Kinois ont redécouvert leur capitale sous un jour presque oublié : des artères dégagées, des immondices évacuées et des caniveaux curés. Ce miracle éphémère porte la signature du Service National. Mais alors que les bâtisseurs de Kanyama Kasese s’apprêtent à passer le flambeau, un constat amer s’impose : l’Hôtel de ville, les bourgmestres et les services permanents brillent par leur absence, condamnant ce travail de titan à un éternel recommencement.
Il aura fallu une thérapie de choc militaire pour secouer la léthargie kinoise. Là où des millions de dollars et des programmes d’assainissement successifs ont échoué, la discipline du Service National a triomphé en un temps record. Les « bâtisseurs », autrefois perçus comme un problème, sont devenus la solution, nettoyant la ville à la sueur de leur front sous les applaudissements d’une population habituée à vivre l’insalubrité comme une fatalité.
Le problème n’est pas le Service National, dont la mission est par nature ponctuelle et commando. Le drame réside dans l’après. Sitôt les équipes de nettoyage éloignées, le naturel kinois revient au galop, faute d’un dispositif permanent de maintien de l’ordre public. Les emprises publiques à peine libérées sont à nouveau squattées par des marchés de fortune. Les déchets reprennent possession des trottoirs.
Où sont passés les services d’assainissement de l’Hôtel de ville ? Où se cachent les bourgmestres, censés être les premiers gardiens de la salubrité de leurs communes ?
C’est le grand paradoxe de la gouvernance de Kinshasa : une incapacité chronique à pérenniser l’excellence. Ni l’autorité urbaine ni les municipalités n’ont daigné lever le petit doigt pour capitaliser sur cet élan. Aucun plan de relève n’a été annoncé, aucune brigade de surveillance n’a été déployée, aucun budget de maintenance n’a été débloqué pour appuyer et consolider ce travail remarquable.
Ce désengagement mutique ressemble à s’y méprendre à un sabotage passif. Les mauvaises langues y verront l’orgueil blessé de politiciens locaux mis face à leur propre incompétence par une institution disciplinée. D’autres y liront simplement la continuité d’une culture de l’abandon où l’intérêt public passe toujours après les calculs politiques.
Quoi qu’il en soit, le constat est cruel. Abandonner les espaces nettoyés par le Service National sans y imposer un ordre permanent est un gâchis financier et humain. C’est mépriser l’effort de ces jeunes Congolais qui ont donné une leçon de patriotisme à toute une ville.
Si le gouverneur et ses bourgmestres refusent de prendre leurs responsabilités pour pérenniser cet assainissement, ils devront répondre de la gestion d’une capitale qui s’enfonce à nouveau dans l’insalubrité par leur seule faute. Kinshasa ne peut plus se contenter de coups d’éclat sans lendemain. Il est temps que l’administration civile sorte de son hibernation et fasse son travail.
JAMES KABWE




























































