Face à la multiplication des incendies dévastateurs qui secouent régulièrement la capitale de la République démocratique du Congo, le gouverneur Daniel Bumba Lubaki vient d’annoncer une mesure d’envergure : la dotation prochaine de la ville de 50 véhicules anti-incendie. Actuellement en mission en France, l’autorité urbaine supervise le reconditionnement de ces engins, spécialement adaptés au climat tropical, avant leur acheminement imminent.
Cette annonce intervient alors qu’une enquête récente révèle l’état de sinistre total dans lequel se trouve le corps municipal des sapeurs-pompiers. Privée de moyens techniques, la ville d’un peu plus de 15 millions d’habitants ne disposait jusqu’à présent que de moins de cinq camions opérationnels. Les 137 pompiers de la ville étaient réduits à l’inaction ou au recours aléatoire à des camions d’opérateurs privés partenaires pour tenter de circonscrire les flammes.
Le piège des embouteillages et le choix de la proximité
L’acquisition de matériels ne représente cependant que la moitié du problème. À Kinshasa, le principal ennemi des secours demeure le trafic routier. Avec des embouteillages monstres qui paralysent les grandes artères dès les premières heures de la journée, un camion stationné à la caserne centrale de la Gombe met parfois plusieurs heures pour atteindre les communes périphériques ou populaires comme Ngaba, Matete ou Kimbanseke.
Cependant, l’achat d’équipements ne résoudra qu’une partie de l’équation. À Kinshasa, le temps est le pire ennemi des secours. Un camion de pompiers, aussi moderne soit-il, perd toute son efficacité s’il se retrouve bloqué des heures durant sur le boulevard du 30 Juin, sur l’avenue Lumumba ou au niveau du rond-point Ngaba.
Historiquement, la ville dépend presque exclusivement de la caserne centrale située dans la commune de la Gombe. Pour un incendie se déclarant à Maluku, N’djili ou Upenba, le temps de trajet est incompatible avec l’urgence d’un sinistre. Entre les routes dégradées, les ruelles étroites des quartiers populaires et les embouteillages monstres, le modèle d’une caserne unique et centralisée est obsolète.
Vers des casernes de proximité ?
Conscient de ce goulot d’étranglement, l’Hôtel de Ville esquisse un changement de doctrine. Le gouverneur Daniel Bumba a précisé que ces nouveaux véhicules ne seront pas regroupés en un seul point, mais bien répartis dans les différentes communes de la capitale.
Cette décentralisation est l’unique option viable. En créant des micro-casernes ou des points de stationnement avancés dans des zones stratégiques (Kinshasa-Est, Kinshasa-Ouest et Kinshasa-Sud), les secours pourront intervenir localement en quelques minutes, contournant ainsi les grands axes saturés.
Le défi est désormais double pour l’exécutif provincial : réceptionner ces engins, mais surtout aménager rapidement les infrastructures communales capables de les abriter et de maintenir le personnel en alerte au plus près des Kinois.
JAMES KABWE




























































