Le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, fait face à une procédure de destitution imminente à l’Assemblée nationale. Jugé insatisfaisant par la représentation nationale lors de la plénière du mercredi 21 octobre 2026, le membre du gouvernement est accusé par l’élue de la Tshangu, Hermione Bolumbe Bakando, de détournement présumé de fonds alloués à l’entrepreneuriat agricole des jeunes.
La tension est montée d’un cran au Palais du Peuple. À la suite d’un débat houleux lors de la session plénière tenue dans la salle du congrès, la députée nationale Hermione Bolumbe a annoncé le dépôt formel d’une motion de défiance contre le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo. L’élue n’a pas caché sa profonde colère face aux arguments avancés par le ministre pour justifier la gestion des fonds du Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement (BAD).
« Le ministre n’a répondu à aucune de mes questions », a fustigé Mme Bolumbe au sortir de l’hémicycle.
57 millions de dollars de la BAD au cœur du scandale
L’interpellation parlementaire de l’élue de Kinshasa porte sur des soupçons de détournement de 57 millions de dollars américains décaissés par le partenaire financier international pour encourager l’autonomisation des jeunes à travers le secteur agricole.
Alors que ce projet est arrivé à échéance en décembre 2025, la députée exige toute la lumière sur des résultats concrets, jugés quasi inexistants sur le terrain. Hermione Bolumbe réclame des comptes précis : combien de jeunes Congolais ont réellement été formés ? Quel est le nombre exact de projets financés ? Quelles sont les entreprises agricoles qui ont vu le jour grâce à cette cagnotte ?
D’après les déclarations de l’élue, la présidence de la République était déjà au courant de ces graves dysfonctionnements bien avant la confrontation à l’Assemblée nationale. « Le directeur de cabinet du chef de l’État a fait une note bien avant pour alerter le ministre qu’il y avait détournement de 57 millions de dollars. Il faudrait qu’on arrête ce fléau ; il faudrait que cette hémorragie s’arrête », a-t-elle insisté avec fermeté devant les professionnels des médias.
Un appel à « l’exemplarité » parlementaire
Au-delà de sa fonction ministérielle, Muhindo Nzangi possède également un mandat de député national. Un statut particulier qui, selon sa collègue Hermione Bolumbe, l’oblige doublement face à la justice et à la redevabilité publique.
« Il est député national, il doit être sacrifié. […] On dit la charité bien ordonnée commence par soi-même. Il devrait prêcher par l’exemple parce qu’il connaît nos us et coutumes », a-t-elle déclaré, confirmant avoir déjà recueilli plusieurs signatures de collègues députés pour soutenir sa démarche d’éviction.
Si la motion de défiance est jugée recevable par le bureau de la chambre haute et votée par la majorité des députés, Muhindo Nzangi pourrait être contraint de remettre immédiatement sa démission au Premier ministre. Le feuilleton politique et judiciaire ne fait que commencer à Kinshasa.
JAMES KABWE



























































