L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) prévoit de battre le pavé le 22 septembre prochain sur l’ensemble du territoire national. Cette annonce, faite par le secrétaire général et président par intérim du parti présidentiel, Augustin Kabuya, place le maire de la ville, Joyce Tunda Kazwazwa, devant un dilemme politique majeur. En cause : sa propre mesure du 3 juillet dernier interdisant toute manifestation publique sur l’ensemble de sa juridiction, une restriction récemment appliquée avec rigueur contre l’opposition.
Il y a quelques jours à peine, les rues de plusieurs grandes villes de la République Démocratique du Congo ont été le théâtre d’une répression sévère des marches de l’opposition. À Lubumbashi, la coalition de l’opposition C64 avait vu sa manifestation interdite par l’autorité urbaine, qui s’était appuyée sur sa décision sécuritaire du 3 juillet.
Aujourd’hui, la donne change. Par le biais d’un communiqué officiel, Augustin Kabuya a annoncé la mobilisation des troupes de l’UDPS pour une marche de soutien aux institutions de la République, à la loi sur le référendum, ainsi qu’au dialogue annoncé par le Chef de l’État.
Cette initiative du parti au pouvoir crée une jurisprudence délicate. Si la mairie de Lubumbashi autorise l’UDPS à manifester là où l’opposition a été muselée, elle acterait de manière flagrante une politique de « deux poids, deux mesures ». Une telle issue affaiblirait considérablement la crédibilité de l’autorité urbaine, donnant l’impression que les lois de la République s’effacent devant les intérêts du parti au pouvoir.
L’analyse de cette situation met en lumière un paradoxe frappant. L’UDPS, parti présidentiel et garant de l’ordre institutionnel actuel, pourrait s’apparenter à une force en rébellion contre le pouvoir établi au niveau local si elle décide de passer outre l’arrêté urbain toujours en vigueur.
En défiant potentiellement la mesure de Joyce Tunda, le parti au pouvoir fragiliserait l’autorité de l’État qu’il est censé défendre. Comment exiger de l’opposition et des citoyens le respect des décisions administratives et de l’ordre public si les structures officielles du régime s’en affranchissent pour manifester leur soutien ?
Tous les regards sont désormais tournés vers l’hôtel de ville de Lubumbashi. La maire Joyce Tunda se retrouve face à un choix crucial pour la suite de son mandat dont le maintient de l’interdiction du 3 juillet pour toutes les forces politiques, y compris l’UDPS, afin de préserver l’impartialité de l’État et l’ordre public, et autoriser la marche de l’UDPS, au risque de radicaliser les tensions avec l’opposition, qui dénonce déjà une violation flagrante de l’article 26 de la Constitution garantissant la liberté de manifestation.
À quelques jours de l’échéance du 22 septembre, cette situation s’annonce comme un véritable crash-test pour l’État de droit dans le Haut-Katanga. La gestion de cette manifestation dira si l’administration publique peut encore faire preuve de neutralité dans un climat politique de plus en plus polarisé autour de la question de la révision constitutionnelle.
JAMES KABWE


























































