À la veille de l’échéance cruciale du 15 août 2026 donnée au pouvoir de Félix Tshisekedi pour convoquer un dialogue national inclusif, la Coalition Article 64 (C64) traverse une zone de fortes secousses. Entre démissions fracassantes, absences stratégiques de ses leaders et menaces de répression, la plateforme phare de l’opposition congolaise joue sa crédibilité sur le terrain de la mobilisation.
Le compte à rebours est lancé. Dans moins de quarante-huit heures, l’ultimatum fixé par la Coalition Article 64 (C64) touchera à sa fin. Initialement créée pour faire barrage à tout projet de révision constitutionnelle ou de référendum, la plateforme d’opposition avait suspendu ses marches de juillet à la demande des structures religieuses comme la CENCO et l’ECC, afin de laisser une chance à l’ouverture d’un dialogue républicain. Mais à la veille de la date butoir, les signaux renvoyés par la coalition oscillent entre démonstration de force verbale et fragilisation interne.
La solidité de ce front commun, qui réunit des figures de proue telles que Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, suscite des interrogations au sein de l’opinion kinoise. Le départ récent et retentissant d’Alain Bolodjwa, qui n’a pas manqué de charger publiquement la direction de la plateforme au lendemain de sa démission, a mis en lumière des divergences stratégiques profondes.
À cela s’ajoute l’absence de Martin Fayulu, leader de l’ECiDé, dont les déplacements à l’étranger en cette période charnière font grincer des dents. Pour de nombreux observateurs, ce télescopage entre l’agenda diplomatique ou personnel des leaders et l’agenda de la mobilisation populaire donne l’impression d’une coalition qui perd temporairement ses repères géopolitiques et opérationnels sur le sol kinois.
Le contexte sécuritaire n’arrange en rien les affaires de l’opposition. Le week-end dernier, la C64 a vigoureusement condamné des attaques violentes perpétrées contre ses militants au Camp Luka, ainsi que le saccage ciblé du siège de l’ECiDé à Kinshasa. Ces incidents, qualifiés par les opposants de « manœuvres d’intimidation orchestrées par le pouvoir », font peser un climat de peur qui pourrait décourager le Congolais moyen à descendre dans la rue.
Du côté de la majorité présidentielle, l’assurance reste de mise. Les communicateurs de l’Union Sacrée minimisent la portée de cet ultimatum, prédisant un échec cuisant de la mobilisation, tandis que le gouvernement continue de récuser formellement le terme même d’« ultimatum ».
Malgré ces vents contraires, l’état-major de la coalition refuse de plier. Mercredi face à la presse, Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général d’Ensemble pour la République, s’est montré intraitable. Assurant que l’opposition « n’écoutera plus aucun conseil » de retenue, il a promis des « actions de grande envergure que vous n’avez jamais vues », évoquant même la possibilité d’un recours à la désobéissance civile si aucune ordonnance présidentielle ne vient convoquer le dialogue inclusif.
Le 15 août s’annonce ainsi comme un véritable test de vérité pour la C64. Reste à savoir si, privée de certains de ses leaders sur le terrain et affaiblie par des fissures internes, la coalition réussira à transformer son discours de fermeté en une démonstration de force populaire capable de faire reculer le pouvoir de Kinshasa.
JAMES KABWE



























































