La recrudescence des cas de justice populaire observée ces derniers temps dans la ville d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi suscite de nombreuses interrogations au sein de la population et des acteurs judiciaires. Ce phénomène, qui consiste pour une foule à se substituer aux autorités judiciaires pour punir un présumé coupable, remet en cause le fonctionnement de l’appareil judiciaire et entraîne parfois la mort de personnes innocentes.
Au centre-ville d’Uvira comme dans la cité de Sange, plusieurs citoyens ont évoqué les causes de cette pratique qui prend de l’ampleur dans la région.
Selon un habitant d’Uvira, la faible présence des institutions judiciaires et leur inefficacité dans certains contextes expliquent en grande partie le recours de la population à la justice populaire.
« Ces phénomènes de justice populaire sont fréquents ici chez nous. L’une des principales causes est la faible présence des autorités judiciaires ou l’inefficacité des institutions. Dans certaines périodes de crise, la police, le tribunal ou encore le parquet fonctionnent difficilement ou sont presque absents. Face à cela, la population pense parfois que se faire justice soi-même est une solution pour rétablir l’ordre », explique-t-il.
Cet habitant souligne également que le chômage élevé, la pauvreté et la prédominance de l’économie informelle accentuent la frustration sociale, poussant certains citoyens à punir eux-mêmes les personnes soupçonnées d’infractions. Pourtant, cette pratique entraîne souvent de graves conséquences. « Dans plusieurs cas, des innocents perdent la vie. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important de transférer tout accuser devant la justice afin qu’il soit jugé conformément à la loi », ajoute-t-il.
Dans la cité de Sange, un autre habitant dénonce des accusations liées à la sorcellerie, qui ciblent particulièrement les personnes âgées. « Dans notre société, lorsqu’une personne âgée a des rides visibles sur le visage, certains l’accusent facilement de sorcellerie. Lorsqu’un décès soudain survient dans un quartier, ce sont souvent les voisins ayant une personne du troisième âge qui sont accusés. La foule en colère s’en prend alors à ces personnes, les tabasse et parfois les brûle vives », témoigne-t-il.
Pour le commandant urbain de la Police nationale congolaise (PNC) à Uvira, le commissaire supérieur Lwimbo Handokya Simonet, la justice populaire est un acte violent et illégal qui peut entraîner des pertes en vies humaines.
« Dans le langage courant, la justice populaire désigne des actes violents, souvent mortels, commis par une foule ou un groupe de personnes qui se substituent aux autorités judiciaires pour punir quelqu’un », explique-t-il.
Selon lui, l’ignorance de la loi constitue l’un des facteurs majeurs à l’origine de ce phénomène. « Le danger est que nous enregistrons parfois des morts ou des blessures parmi des personnes innocentes. Lorsque les auteurs de ces actes sont identifiés, ils doivent être poursuivis par la justice. Nous demandons à la population de continuer à faire confiance aux institutions judiciaires et d’alerter la police la plus proche lorsqu’un cas de justice populaire se produit », ajoute le responsable policier.
De son côté, le défenseur judiciaire Maître Chakochangu estime que la montée de la justice populaire est également une conséquence de l’impunité et du dysfonctionnement de certaines institutions judiciaires. « Les instances judiciaires ont pour mission de rétablir l’ordre public, d’assurer la paix et de garantir la sécurité sociale. Lorsque cette mission n’est pas correctement accomplie, cela crée une psychose au sein de la communauté qui peut conduire à la justice populaire », explique-t-il.
Selon lui, pour mettre fin à cette pratique, les institutions de l’État doivent renforcer leur action sur le terrain. « Il faut que les malfaiteurs soient punis conformément à la loi et que la collaboration entre la police et la population soit renforcée. Les magistrats, juges et procureurs doivent également quitter leurs bureaux pour descendre dans les quartiers afin de comprendre les réalités vécues par la population », recommande-t-il.
Tout en appelant les habitants à abandonner cette pratique, Maître Chakochangu rappelle que la justice populaire porte gravement atteinte au système judiciaire et aux droits humains en République démocratique du Congo.
La rédaction




























































