Le Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a procédé lundi 02 mars 2026 à l’ouverture officielle du Forum national des affaires coutumières (FNAC) au Centre culturel et des arts d’Afrique centrale, à Kinshasa. Placée sous le thème : « Le renforcement du rôle de l’autorité coutumière, gage de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion des communautés en RDC », cette rencontre réunit des chefs traditionnels venus de toutes les provinces ainsi que des délégations de royautés africaines.
Dans son allocution d’ouverture, le chef de l’État a salué un rendez-vous historique réunissant mémoire et avenir, et souligne la nécessité d’articuler les racines traditionnelles du pays avec les exigences d’un État moderne, démocratique et décentralisé.
Le Président a rappelé que la Constitution congolaise, en son article 207, reconnaît l’autorité coutumière comme socle des valeurs traditionnelles, et que la loi n°15/015 du 25 août 2015 fixe le statut des chefs coutumiers ainsi que les modalités d’exercice et de dévolution du pouvoir. Toutefois, a-t-il insisté, « l’enjeu aujourd’hui est de passer du cadre juridique à la pratique ».
Pour le chef de l’État, les autorités traditionnelles constituent des acteurs clés du développement local, de la cohésion sociale et de la préservation de l’environnement, dans un pays engagé dans un processus de décentralisation. Face aux mutations sociales et technologiques, le Président a plaidé pour une tradition vivante, capable de dialoguer avec les exigences contemporaines, tout en rejetant les pratiques contraires à la dignité humaine, à l’égalité des sexes et aux droits de l’enfant.
« Le thème que vous avez retenu, renforcement de l’autorité coutumière, gage de stabilité, de développement, de sécurité et de cohésion des communautés en République démocratique du Congo, exprime avec justesse une vérité que notre histoire confirme chaque jour. Là où l’autorité coutumière est respectée, structurée et bien articulée à l’État, les communautés sont plus stables, les conflits mieux prévenus et le développement plus enraciné. Notre Constitution, en son article 207, reconnaît l’autorité coutumière comme socle des valeurs traditionnelles. La loi n°15, barre 015 du 25 août 2015, fixant le statut des chefs coutumiers et les conditions de dévolution du pouvoir et modalités de son exercice, est une avancée majeure en ce que nous disposons déjà de balises juridiques claires. Mais l’enjeu aujourd’hui est de passer du cadre juridique à la pratique, du texte à la gouvernance quotidienne. Comment garantir une succession coutumière légitime et apaisée ? Comment mieux articuler l’autorité coutumière avec l’administration territoriale, la justice, les services fonciers, les secteurs des mines, de l’agriculture, du développement rural et de l’environnement ? Comment faire des chefferies, groupements et villages de véritables pôles de stabilité, de médiation et de développement local ? Ce forum est l’espace approprié pour répondre à ces questions de manière collective, responsable et durable, en s’appuyant sur l’expérience des autres. » A déclaré le président de la République, Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo
Et d’ajouter :
« Leur Majesté, Vénérable Chef Coutumier, nous tenons cette rencontre dans un contexte sécuritaire grave que nul n’est censé ignorer. Notre pays est victime d’une agression injuste menée par un pays voisin à travers le mouvement terroriste du M23 AFC et d’autres groupes armés qui se sont rendus coupables d’occupations illégales, de déplacements massifs de nos populations et de violences inacceptables. Parmi les méthodes utilisées par ces forces négatives figure une entreprise particulièrement pernicieuse, la tentative de substitution des chefs coutumiers légitimes par des individus imposés, étrangers aux traditions locales, pour mieux asseoir une logique d’occupation et de création. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à d’autres occasions, je le répète encore solennellement aujourd’hui. Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits coutumiers. Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvres géopolitiques, mais le fondement même de notre souveraineté et de notre identité. C’est pourquoi je considère votre présence à ce forum non pas comme une simple participation, mais plutôt comme un acte de résistance et de patriotisme. En défendant la légitimité des autorités coutumières, nous défendons la continuité de l’État, la pérennisation de l’âme de notre nation, l’intégrité de notre territoire et la dignité de nos communautés. Leur Majesté, Mesdames et Messieurs, l’objectif de ce forum n’est pas d’ajouter une rencontre de plus à notre agenda institutionnel déjà rempli. Il est de poser les bases d’une véritable politique nationale des affaires coutumières avec des décisions concrètes, des mécanismes de suivi et une vision partagée. Je formule à cet égard plusieurs attentes précises. La première, c’est élaborer les grandes lignes d’une politique nationale des affaires coutumières qui clarifie les rôles, les responsabilités, les critères de légitimité et l’articulation avec les institutions de la République. » A dit le president Felix-Antoine Tshisekedi Tshombo
Et de poursuivre :
« La deuxième attente est de doter le pays d’une base de données fiables et actualiser des entités coutumières et de leurs animateurs légitimes afin d’éviter les confusions, les manipulations et les conflits de succession qui fragilisent nos communautés et ouvrent la porte aux ingérences. La troisième attente est celle d’intégrer pleinement les peuples autochtones, notamment les populations pygmées, dans cette architecture en respectant leurs spécificités, leurs droits et leur participation à la vie nationale. Une République ne laisse aucune de ces composantes au bord du chemin. La quatrième attente est celle de pouvoir renforcer le rôle de médiation et de prévention des conflits des autorités coutumières qu’il s’agisse de différents fonciers des conflits intercommunautaires, de la coexistence entre agriculture et exploitation minière ou des tensions liées à la gestion des ressources naturelles. Enfin, la cinquième attente est celle de pouvoir promouvoir la place des femmes et des jeunes dans les dynamiques coutumières. Notre tradition vivante doit dialoguer avec les exigences de notre temps en valorisant toutes les forces vives de la communauté. Vénérables chefs, vous n’êtes pas seulement les gardiens de la culture, vous êtes aussi les premiers responsables locaux du vivre-ensemble, les gardiens des terres, les témoins de l’histoire, les médiateurs dans les moments de crise, les premiers recours lorsque l’État est loin ou lorsqu’il tarde à se manifester. Dans un pays engagé dans la décentralisation et la proximité des services publics, votre rôle est déterminant pour accompagner les politiques de développement rural, soutenir la scolarisation, la santé, la protection de l’enfant et de la femme, encourager l’entrepreneuriat local, lutter contre les antivaleurs et la dégradation des mœurs, et sensibiliser les populations à la préservation de l’environnement, à la gestion rationnelle des ressources et à la lutte contre le changement climatique. Je vous invite à faire de ce forum un espace de partage d’expériences et de bonnes pratiques en lien avec les autres secteurs de la vie nationale la justice, les affaires foncières, l’agriculture, les mines, l’aménagement du territoire, l’environnement, la jeunesse, le genre et la sécurité. » Dit-il
Et de noter :
« C’est en croisant vos savoirs traditionnels avec les politiques publiques que nous construirons une gouvernance plus proche des réalités du terrain. Mesdames et Messieurs, le monde change vite. Les technologies bouleversent le mode de vie. Les jeunes générations sont connectées à des imaginaires planétaires. Dans ce contexte, certains pourraient être tentés de considérer la coutume comme un vestige du passé. Je crois exactement l’inverse. Une tradition figée se meurt. Une tradition qui se laisse interroger, éclairé, enrichir sans en perdre son âme devient une force. Notre défi est donc de faire en sorte que la coutume ne soit ni instrumentalisée à des fins politiques ou mercantiles, ni enfermée dans les seules pratiques du passé mais au service du bien commun. L’unité nationale, la paix, la dignité et le développement. La sagesse africaine nous enseigne qu’un arbre ne tient debout que par ses racines. Un peuple qui renie ses racines se condamne à l’errance. Un peuple qui sait d’où il vient est mieux armé pour savoir où il va. Vous, Vénérable Chef, êtes une part vivante de ces racines. Votre responsabilité est donc immense. Il vous revient de transmettre à nos enfants le meilleur de nos traditions. L’hospitalité, le respect de la parole donnée, le sens de la communauté, la solidarité, le respect de la vie tout en rejetant ce qui dans certaines pratiques peut contredire la dignité humaine, l’égalité entre les sexes, les droits de l’enfant ou l’état de droit. Leur Majesté, Vénérable Chef Coutumier, distingués invités, Mesdames et Messieurs, en ouvrant ce forum, je voudrais vous laisser un message dont je suis convaincu de la pertinence. L’avenir de la République démocratique du Congo ne se construira ni contre la coutume, ni sans elle, mais avec elle dans un dialogue exigeant avec la République. Je forme le vœu au terme de vos travaux que notre pays dispose d’orientations claires pour la gouvernance des affaires coutumières, d’outils modernes de gestion des entités coutumières et d’une feuille de route commune pour faire de l’autorité coutumière un pilier à assumer de la paix, de la sécurité, de la cohésion nationale et du développement local. Que ce forum soit, pour chacune et chacun d’entre vous, un temps de vérité, un temps de franchise et aussi de responsabilité. Qu’il soit également un moment de fraternité, de réconciliation et de renouveau. Je voudrais vous partager cette sagesse populaire. Une seule branche ne donne pas du feu, mais de la fumée. C’est ensemble que nous pouvons et devons-y arriver. Sur ces mots, je déclare ouverts les travaux du Forum National des Affaires Coutumières, que Dieu bénisse la République démocratique du Congo et son peuple. » A indiqué le président Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo
Pour sa part, Jean-Baptiste Ndenze, vice-ministre des Affaires coutumières a fait un plaidoyer pour l’implication du pouvoir coutumier dans la mise en œuvre du projet écologique Couloir vert Kivu-Kinshasa a à l’ouverture du Forum sur le rôle de l’autorité coutumière en République démocratique du Congo (RDC), présidé par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, au Centre culturel et artistique d’Afrique centrale, à Kinshasa.
« Nous nous souvenons, avec fierté, du lancement à Davos du projet écologique « Couloir vert Kivu-Kinshasa ». Ce projet ambitieux est le moteur de la transition écologique de notre pays. Mais, nous le savons tous, ce corridor traverse nos terres ancestrales. Sa réussite présuppose une forte implication des chefs coutumiers et de leurs communautés villageoises qui sont les premiers gardiens de la forêt et de la biodiversité. Pour que ce projet soit un succès, la capacitation des entités opérationnelles décentralisées représente le point clé. Nos chefferies et secteurs doivent être outillés », a déclaré Jean-Baptiste Ndenze, vice-ministre des Affaires coutumières.
Il faut noter que, ce forum national des affaires coutumières se déroule du 02 mars au 05 mars 2026 à Kinshasa.
HERVE KABWATILA






























































