À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a adressé une lettre ouverte au président Félix Tshisekedi, dénonçant une crise « existentielle » et mettant en garde contre un danger de balkanisation ou d’annexion.
Mukwege affirme d’emblée qu’il n’y a « rien à célébrer » estimant que la situation générale du pays a atteint un seuil de souffrance « humainement intolérable » pour les populations, privées de l’essentiel.
Selon ce candidat à la présidentielle de 2023, à son accession au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi avait suscité l’espoir. Cependant, le Nobel soutient que l’arrivée au pouvoir du président s’inscrivait selon lui dans une logique marquée par une crise de légitimité des institutions, évoquant notamment l’existence d’un « accord secret » ayant précédé l’entrée en fonction du chef de l’État.
Le fondateur de Panzi estime que les orientations politiques ultérieures ont accentué le déséquilibre, notamment après la décision de rompre avec l’alliance CACH–FCC et la formation d’une nouvelle coalition, l’Union sacrée de la nation, qu’il dit être davantage acquise à la personne et à ses intérêts qu’à une vision politique de long terme.
Dans sa lettre, Denis Mukwege revient sur ses interventions antérieures auprès du Palais de la Nation, notamment en novembre 2020, avec pour objectif d’obtenir une mobilisation politique en faveur de la justice transitionnelle.
Il rappelle avoir exhorté à plusieurs reprises le président à soutenir la création d’un Tribunal pénal spécial pour les crimes commis en RDC, en se référant notamment au Rapport Mapping.
Tout en reconnaissant l’existence de promesses, il déplore que « rien n’a été entrepris jusqu’à aujourd’hui » et que la justice transitionnelle constitue, selon lui, un instrument de prévention des conflits et de consolidation de la paix.
Sur le volet sécuritaire, Mukwege fustige la décision de décréter en 2021, l’état de siège jugeant que cette mesure exceptionnelle ne devait pas s’inscrire dans la durée.
De son avis, le prolongement de cette mesure a contribué à détériorer la sécurité, à augmenter les victimes civiles et à aggraver la situation des droits humains.
Le Prix Nobel critique en particulier la nomination de responsables sécuritaires au passé documenté dans le Rapport Mapping.
De plus, il condamne une logique d’externalisation de la sécurité nationale. À l’en croire, après l’échec de l’état de siège, des accords bilatéraux ont autorisé des forces étrangères, ougandaises et burundaises, à opérer sur le territoire congolais.
Dans sa démonstration, Denis Mukwege estime que cette approche a favorisé une internationalisation du conflit dans la sous-région, citant la résurgence du M23 ainsi que la poursuite d’une guerre d’agression menée par les forces rwandaises.
Parallèlement, il évoque une série d’initiatives de résolution des conflits (EAC, SADC, UA, Luanda, Doha, Washington) qu’il juge non coordonnées et manquant de vision.
Pour Mukwege, ces démarches ont davantage créé de la confusion que produit des résultats concrets de pacification.
Infine, Denis Mukwege revient sur l’adhésion de la RDC à l’EAC en 2022, avertissant que l’organisation compterait une majorité d’États davantage guidés, selon lui, par leurs intérêts commerciaux et géostratégiques que par la protection des civils.
Il critique aussi le déploiement d’une nouvelle force régionale avec un mandat peu clair ajoutant que cette mission n’a pas été précédée d’une autorisation préalable de l’Assemblée nationale.
Il dénonce une surmilitarisation inquiétant dans une région où l’objectif devrait être de « faire taire les armes ».
À travers l’ensemble de sa lettre, Denis Mukwege interpelle le président Tshisekedi sur la gravité de la situation, en soutenant que le pays s’expose à une dynamique pouvant conduire à une balkanisation ou à une forme d’annexion avec des conséquences durables pour la souveraineté congolaise et la sécurité des populations.
La Rédaction




























































