Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo et vitrine institutionnelle du pays, continue de faire face à un problème récurrent qui ternit son image depuis plusieurs décennies : l’insalubrité. Des montagnes de déchets jonchent encore plusieurs artères principales, des caniveaux restent obstrués et certains espaces publics se transforment progressivement en dépotoirs à ciel ouvert. Malgré les nombreuses initiatives lancées au fil des années, la question de l’assainissement demeure l’un des plus grands défis urbains de la mégapole congolaise.
Pourtant, depuis l’avènement du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la tête du pays, plusieurs efforts ont été entrepris pour redonner à Kinshasa son prestige d’antan.
Avec l’appui du gouvernement central, des projets d’assainissement et de réhabilitation des espaces publics ont été engagés afin de restaurer l’image de cette ville de plus de quinze millions d’habitants, considérée comme le miroir de la République démocratique du Congo.
Dans la même dynamique, le gouvernement provincial dirigé par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki a multiplié les initiatives visant à transformer le visage de la capitale.
Des opérations de nettoyage, de dégagement des emprises publiques et de lutte contre les marchés pirates ont été lancées dans plusieurs communes. L’objectif affiché est clair : faire de Kinshasa une ville moderne, propre et attractive.
Cependant, malgré ces efforts, l’insalubrité persiste dans plusieurs quartiers. Cette réalité soulève une question essentielle : pourquoi les résultats tardent-ils à se faire sentir de manière durable ?
Face à cette situation, le président de la République a confié une part importante de la mission d’assainissement au Service national, dirigé par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. Cette structure, connue notamment pour son programme de rééducation des anciens délinquants, communément appelés « Kuluna », au centre de Kaniama Kasese, est désormais associée à plusieurs opérations de salubrité à travers la capitale.
L’implication du Service national a permis d’observer une présence plus régulière des équipes de nettoyage sur certaines grandes artères. Toutefois, au-delà des moyens humains et logistiques déployés, la problématique de l’insalubrité semble également liée à des comportements individuels et collectifs qui continuent d’alimenter le désordre urbain.
C’est dans cette perspective que la rédaction de Foxtime.cd s’est rendue sur l’avenue Wangata, dans la commune de la Gombe, le long de la clôture de l’Hôpital général de Kinshasa, anciennement appelé « Mama Yemo ». Sur place, un constat interpelle : plusieurs personnes souffrant de troubles mentaux ont élu domicile dans cet espace public.Leur présence soulève des interrogations parmi les riverains.
Certains habitants estiment que ces personnes contribuent, parfois involontairement, à la dispersion des déchets et à la dégradation de l’environnement immédiat. Des sacs d’ordures éventrés, des détritus éparpillés et des abris de fortune improvisés sont visibles le long de cette avenue très fréquentée.
Toutefois, réduire le problème de l’insalubrité à la seule présence des personnes vivant avec des troubles mentaux serait une analyse incomplète. Les experts en urbanisme rappellent que l’accumulation des déchets résulte avant tout de plusieurs facteurs combinés : insuffisance des infrastructures de collecte, croissance démographique rapide, occupation anarchique de l’espace public, manque de poubelles publiques et faible sensibilisation citoyenne.
La situation observée à Wangata met néanmoins en lumière une autre problématique souvent négligée : la prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux dans la capitale. Leur présence dans les rues pose non seulement une question d’ordre public et de salubrité, mais également un défi social et humanitaire qui nécessite une réponse coordonnée des autorités sanitaires, sociales et administratives.
L’assainissement durable de Kinshasa ne pourra donc pas reposer uniquement sur les opérations de nettoyage, aussi importantes soient-elles. Il exige une approche globale associant les pouvoirs publics, les services spécialisés, les collectivités locales et surtout les citoyens eux-mêmes.
Car une ville propre ne dépend pas uniquement des balayeurs, des camions de collecte ou des opérations de grande envergure. Elle est aussi le reflet du comportement quotidien de ses habitants. Tant que les déchets continueront d’être jetés dans les rues, les caniveaux ou les espaces publics, les efforts des autorités risquent de produire des résultats temporaires.
Kinshasa dispose aujourd’hui d’une opportunité historique pour changer durablement son image. Les initiatives engagées par le gouvernement central, l’exécutif provincial et le Service national constituent des signaux encourageants. Mais leur réussite dépendra également de la capacité de chaque Kinois à faire de la salubrité une responsabilité partagée.
La bataille contre les immondices ne se gagnera pas uniquement avec des engins et des équipes de nettoyage. Elle se gagnera aussi par une prise de conscience collective, indispensable pour faire de Kinshasa une capitale digne de son rang et de ses ambitions.
HERVÉ KABWATILA



























































