La décision du gouvernement de suspendre les activités académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur à Goma et Bukavu continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise.Après Martin Fayulu, le président du parti Envol, Delly Sesanga, a vivement critiqué cette mesure qu’il juge préjudiciable pour les populations vivant dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.
L’opposant congolais Delly Sesanga est monté au créneau pour dénoncer la décision du gouvernement de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu, deux principales villes de l’Est de la République démocratique du Congo actuellement sous contrôle de la rébellion AFC/M23.
Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, le président du parti Envol a qualifié cette mesure d’« inacceptable », estimant qu’elle risque d’aggraver davantage les difficultés auxquelles sont confrontées les populations de cette partie du pays depuis plusieurs années.
« La décision du Gouvernement de fermer les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu est inacceptable. On ne combat pas l’occupation en fermant les universités aux enfants des territoires occupés », a déclaré Delly Sesanga.
L’ancien député national a également insisté sur les conséquences humaines et sociales d’une telle décision dans une région déjà fortement éprouvée par les conflits armés.
« Les populations de l’Est ont déjà payé un prix insupportable à cette guerre : morts, déplacements, pauvreté, familles séparées, économie paralysée. Après la fermeture des banques et les multiples restrictions qui frappent leur vie quotidienne, n’ajoutons pas au désastre des parents le sacrifice de l’avenir de leurs enfants », a-t-il ajouté.
La décision contestée émane de la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovation (ESURSI), Marie-Thérèse Sombo.L’arrêté ministériel suspend notamment les inscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tout acte académique susceptible de conduire à la délivrance de diplômes pour l’année académique 2026-2027 dans plusieurs établissements publics du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Selon le gouvernement, cette mesure vise à préserver la légalité des cursus universitaires et à empêcher la délivrance de titres académiques en dehors du cadre institutionnel reconnu par l’État congolais dans les zones sous occupation rebelle.
Les autorités ont néanmoins prévu des dispositions particulières permettant aux étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 de poursuivre et d’achever leur cursus dans des établissements reconnus par l’État.
Martin Fayulu évoque un risque de « balkanisation »
Quelques heures après l’annonce gouvernementale, le président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), Martin Fayulu, avait également exprimé son opposition à cette mesure.
Dans une déclaration rendue publique mercredi, l’opposant a estimé que la suspension des activités académiques dans les établissements publics de Goma et de Bukavu envoie un signal préoccupant quant à l’unité du pays.
« L’arrêté de la ministre de l’ESU suspendant toutes les activités académiques au sein des établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu me conduit à une conclusion : le pouvoir de Kinshasa est en plein dans le complot visant à la balkanisation de notre pays », a affirmé Martin Fayulu.
Le leader de l’ECiDé considère que la fermeture des institutions universitaires publiques dans les territoires sous occupation risque d’accentuer le sentiment d’isolement des populations locales et d’approfondir la fracture entre ces régions et le reste du pays.
La suspension des activités académiques intervient dans un contexte marqué par la persistance de l’occupation de plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par l’AFC/M23. La gestion des institutions publiques dans ces zones constitue depuis plusieurs mois un sujet sensible, opposant les impératifs de souveraineté défendus par le gouvernement aux préoccupations liées à la continuité des services publics essentiels.
Alors que l’exécutif affirme agir pour protéger l’intégrité du système universitaire congolais, plusieurs responsables politiques, acteurs de la société civile et organisations estudiantines s’interrogent sur l’impact concret de cette décision pour des milliers d’étudiants dont les parcours académiques demeurent suspendus à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est du pays.
Le débat reste ouvert, dans un contexte où la question de l’accès à l’éducation supérieure s’ajoute aux nombreux défis humanitaires, sécuritaires et économiques auxquels sont confrontées les populations des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
HERVÉ KABWATILA




























































