C’est un pavé dans la mare de l’humanitaire qui a été jeté à Kinshasa par le CDC Afrique et le ministère congolais de la Santé. Les chiffres donnent le tournis : 736 millions de dollars américains se sont évaporés dans les rouages d’une machine bureaucratique opaque gérée par des agences d’exécution internationales et des ONG partenaires.
Pendant que sur le terrain, en Ituri ou à Bunia, les personnels soignants entament des grèves pour réclamer leurs primes de risque et que les structures sanitaires manquent de tout, l’argent de la détresse dort – ou s’évapore – dans des circuits financiers parallèles.
Le mépris de la souveraineté : l’exercice de vérité boycotté
L’origine du scandale est sidérante. Mandaté pour auditer les fonds de la riposte, l’Institut National de Santé Publique (INSP) a invité les 94 partenaires internationaux accrédités par le gouvernement à venir justifier les fonds reçus. Le résultat est un aveu de mépris institutionnel : moins de 30 % des agences d’exécution ont daigné se présenter. Près des trois quarts des organisations ont opposé un silence de plomb aux autorités légitimes du pays.
Sur les rares entités ayant joué le jeu de la transparence, à peine 200 millions de dollars ont pu être tracés. Pire encore, sur cette modeste somme retrouvée, près de 100 millions n’ont même pas été injectés sur le terrain et restent thésaurisés par ces organismes.
Un « Ebola Business » sur le dos des victimes
Le Directeur général du CDC Afrique, le Dr Jean Kaseya, n’a pas caché sa colère : « Les 700 millions que nous recherchons ne sont pas chez le gouvernement, mais chez les partenaires ». Le ministre de la Santé, Roger Samuel Kamba, dénonce quant à lui un « Ebola business » systémique.
Cette opacité criminelle a des conséquences directes sur les discussions macroéconomiques de la RDC. Ce manque de visibilité financière fragilise le système sanitaire national et complique grandement les négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour l’obtention d’appuis budgétaires structurels. Pendant que la RDC gère ses propres deniers publics de manière traçable – à l’instar des 50 millions de dollars mobilisés et justifiés par l’État –, les agences internationales gèrent leur cagnotte à huis clos.
Vers l’expulsion et la « liste noire »
Face à ce qu’il faut appeler un hold-up humanitaire, les autorités congolaises et panafricaines passent à l’offensive. Le ton s’est durci à Kinshasa : les organisations récalcitrantes qui refusent de déclarer l’origine et l’utilisation de leurs financements se verront purement et simplement retirer leur accréditation. La Direction générale de migration (DGM) pourrait être activée pour expulser les responsables de ce sabotage sanitaire.
Au niveau continental, le CDC Afrique promet de frapper là où cela fait mal : l’inscription de ces agences sur une liste noire africaine, les interdisant d’opérer sur l’ensemble du continent.
Avec plus de 9 000 cas recensés et un taux de létalité frôlant les 48 %, la 17ème épidémie d’Ebola ne peut plus servir de tiroir-caisse à une bureaucratie humanitaire hors-sol. L’heure des comptes a sonné. L’aide internationale doit s’aligner derrière le plan unique du gouvernement, ou plier bagage. L’intégrité du peuple congolais n’est pas à négocier.
JAMES KABWE



























































