Le transfert de l’opposant Prince Epenge à la prison centrale de Makala suscite une vague d’indignation au sein de la classe politique congolaise. L’ancien candidat à la présidence, Martin Fayulu, est immédiatement monté au créneau pour dénoncer une décision de justice qu’il qualifie d’acharnement politique, alors même que l’établissement pénitentiaire fait l’objet d’une suspension stricte des nouvelles admissions.
Prince Epenge, président d’ADDCONGO, porte-parole de la coalition Lamuka et membre actif du regroupement C64, a été transféré au parquet près le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe avant d’être écroué à Makala. Interpellé initialement à l’aéroport international de N’djili alors qu’il s’apprêtait à voyager pour des raisons politiques, il est officiellement poursuivi pour « propagation de faux bruits ».
Cette accusation est directement liée à ses déclarations publiques entourant le décès de Manassé Lomboto, responsable de la sécurité de son parti, tué le 15 septembre dernier en marge d’une manifestation de l’opposition. La coalition C64 attribue cette mort à la « Force du progrès », une structure affiliée au parti au pouvoir (UDPS).
Quelques minutes après l’annonce de sa mise sous mandat d’arrêt provisoire, Martin Fayulu a vigoureusement réagi pour exiger sa libération immédiate. Pour le leader de Lamuka, ce placement en détention relève d’une dérive autoritaire :
« Alors que la prison centrale de Makala, déjà surpeuplée, n’accueille plus de nouveaux détenus, les tyrans de Kinshasa s’acharnent sur Prince Epenge, président d’ADDCONGO, porte-parole de Lamuka et membre de la C64, en l’envoyant dans ce mouroir. Prince Epenge n’a pas sa place à Makala ! Libérez-le immédiatement ! »
De son côté, Devos Kitoko, secrétaire général de l’ECIDé, a qualifié cette décision d’« insulte au combat pour la démocratie en RDC », avertissant du risque d’un dangereux précédent politique.
Ce qui scandalise davantage l’opposition et les observateurs juridiques, c’est le non-respect des récentes directives du ministère de la Justice. Le 21 octobre dernier, le garde des Sceaux a officiellement décrété la suspension provisoire des transferts et de l’admission de nouveaux détenus à Makala afin de désengorger un site qui compte plus de 16 000 personnes pour une capacité initiale de 1 500 places.
En passant outre cette mesure pour incarcérer une figure politique de l’opposition, les autorités judiciaires s’attirent les foudres des défenseurs des droits de l’homme. Cette affaire cristallise à nouveau les tensions en République démocratique du Congo quant au traitement des voix discordantes et au respect des libertés fondamentales à l’approche des prochaines échéances politiques.
KAMES KABWE




























































