Le report pour la deuxième fois par l’Union sacrée de la nation (USN) de la date limite de dépôt des propositions pour la réforme constitutionnelle initialement prévu au 20 mai puis au 30 du même mois et maintenant repousser au 13 juin 2026, fait l’objet d’interprétations divergentes sur la scène politique congolaise. il s’agit d’une confrontation complexe entre des contraintes logistiques d’un côté et un climat de méfiance et de blocage politique de l’autre et cristallisent deux lectures totalement opposées.
- La thèse des contraintes logistiques et de la maturité (Arguments de la Majorité)
Pour les partisans du pouvoir, les reports se justifient par la nécessité de mener un processus rigoureux. La majorité soutient qu’un délai initial d’un mois était techniquement trop court pour centraliser les avis d’un territoire aussi vaste que la RDC et inclure la diaspora.
Le pouvoir met en avant la volonté d’intégrer des propositions variées (société civile, juristes, universités) pour réformer un texte qu’ils jugent inadapté aux enjeux actuels de souveraineté et de paix.
- La thèse du manque d’adhésion et de la résistance (Arguments de l’Opposition)
Pour les forces opposées à la réforme, ce ralentissement est le signe d’un manque criant de consensus national. l’opinion publique et la société civile restent profondément sceptiques. Beaucoup considèrent cette démarche comme une stratégie déguisée pour faire sauter le verrou de l’article 220 et accorder un troisième mandat au Président Félix Tshisekedi en 2028.
La création de structures comme la coalition C64 (en référence à l’article 64 contre la prise de pouvoir par la force) montre un blocage politique radicale d’une part, et d’autre part le refus net de structures influentes comme la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a qualifié le projet de « dangereux à l’heure actuelle », prive le pouvoir du soutien moral nécessaire pour susciter l’engouement.
Selon l’opposition, ces reports successifs traduisent des divergences profondes ou un manque d’enthousiasme au sein même de la méga-coalition au pouvoir quant à l’opportunité de cette démarche. Les critiques estiment que l’USN peine à mobiliser massivement la classe politique et la société civile autour d’un texte souvent soupçonné de vouloir lever le verrou de la limitation des mandats présidentiels.
Ce glissement de calendrier est perçu comme une preuve d’improvisation dans la conduite d’un chantier institutionnel pourtant majeur.
Du côté de l’Union sacrée de la nation, la prolongation du délai est présentée sous un jour totalement différent. Le Secrétariat permanent, dirigé par le Professeur André Mbata, justifie officiellement ce report par l’« intérêt manifeste » et le volume élevé de sollicitations de la part des partis politiques, des organisations de la société civile et des forces vives.
La majorité affirme vouloir donner une chance à toutes les sensibilités — y compris la diaspora et les confessions religieuses — de soumettre leurs contributions pour garantir la légitimité du rapport de synthèse qui sera remis au Président Félix Tshisekedi.
À ce stade, il y a lieu de conclure qu’il s’agit donc d’une bataille de communication politique : là où la majorité vante une gestion démocratique et à l’écoute, ses opposants y voient le premier signe d’un enlisement de la réforme.
JAMES KABWE



























































