Dans la commune de Selembao, sur l’avenue de la Libération, se dresse une structure hospitalière chargée d’histoire mais aujourd’hui marquée par une lente dégradation : l’Hôpital Général de Référence de Makala. Anciennement appelé Sanatorium de Makala, cet établissement fut construit entre 1956 et 1958 durant la période coloniale belge, avec une mission bien précise : isoler et traiter les malades atteints de tuberculose pulmonaire.
Pendant plusieurs décennies, le Sanatorium de Makala s’est imposé comme un centre de référence dans la prise en charge de la tuberculose à Kinshasa. À une époque où cette maladie représentait un enjeu majeur de santé publique, des patients affluaient de divers quartiers de la capitale, et même de l’intérieur du pays, pour bénéficier de soins spécialisés. Au fil des années, l’établissement a élargi son offre de services.
Devenu officiellement Hôpital Général de Référence en 1997, il a intégré plusieurs départements essentiels : médecine interne, pédiatrie, chirurgie, gynécologie-obstétrique et maternité. Cette transformation devait marquer une nouvelle étape dans son rôle au sein du système de santé urbain.
Aujourd’hui, le constat est préoccupant. Les infrastructures vieillissantes, le manque d’équipements modernes et les difficultés de gestion ternissent l’image de cet hôpital autrefois respecté. Plusieurs témoignages, relayés notamment sur les réseaux sociaux, décrivent un établissement qui n’inspire plus confiance aux patients.
Dans une vidéo diffusée ce 1er mai 2026, à l’occasion de la fête du travail, un habitant de Kinshasa exprime son désarroi :
« Nous avons grandi en voyant cet hôpital accueillir des malades venus de partout […] mais aujourd’hui, son état ne donne plus envie de venir se faire soigner ici. »
Ce cri du cœur illustre un sentiment largement partagé par la population locale : celui d’un abandon progressif d’un outil pourtant essentiel.
Parmi les problèmes les plus évoqués figure la gestion de la morgue, devenue un point de tension majeur. Le manque d’organisation, combiné à des capacités limitées, soulève des questions d’ordre sanitaire, éthique et logistique.
Au-delà de cet aspect, c’est l’ensemble du fonctionnement hospitalier qui semble fragilisé : pénurie de matériel, conditions de travail difficiles pour le personnel soignant, et accès aux soins parfois compromis pour les patients les plus vulnérables.
Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une intervention urgente des pouvoirs publics. L’exemple de la modernisation de l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa, communément appelé « Mama Yemo », est souvent cité comme preuve qu’une réhabilitation est possible.
Pour les habitants de Selembao et au-delà, la restauration de l’Hôpital Général de Référence de Makala ne relève pas seulement d’un enjeu infrastructurel, mais d’une question de dignité et de droit à la santé.
L’histoire du Sanatorium de Makala rappelle l’importance des investissements publics dans la santé, en particulier dans des contextes urbains en pleine croissance comme Kinshasa. Mais elle met aussi en lumière les conséquences d’un manque d’entretien et de vision à long terme.
Aujourd’hui, l’Hôpital Général de Référence de Makala se trouve à la croisée des chemins : soit il bénéficie d’une réhabilitation ambitieuse lui permettant de retrouver son rôle central, soit il risque de sombrer davantage dans l’oubli, au détriment des milliers de patients qui en dépendent.
Dans une ville de plus de dix millions d’habitants, l’avenir de cet hôpital dépasse largement ses murs : il engage la crédibilité du système de santé tout entier.
HERVÉ KABWATILA






























































