La controverse autour du projet de changement de la Constitution en République démocratique du Congo prend une tournure de plus en plus virulente, mêlant désormais politique, foi et légitimité prophétique. Mercredi 27 mai 2026, le leader de l’opposition Martin Fayulu a vivement réagi aux déclarations de l’archevêque Ejiba Yamapia, qui avait affirmé la veille soutenir la révision constitutionnelle sous inspiration divine.
Intervenant lors d’un Space sur X organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le président de Lamuka n’a pas mâché ses mots face à ce qu’il considère comme une dérive mêlant religion et politique.
« Dieu n’aime pas des bêtises », a lancé Martin Fayulu, en réponse à la déclaration du pasteur selon laquelle son engagement en faveur du changement de la Constitution relevait d’un « Ainsi dit l’Éternel ».
Le leader de l’opposition a contesté la pertinence des arguments avancés par l’archevêque, notamment autour de l’article 217 de la Constitution. Selon Fayulu, cette disposition existait déjà dans la Constitution de 1967, bien avant les accords politiques de 2002 souvent évoqués par les partisans de la réforme constitutionnelle pour expliquer l’origine du texte actuel.
« Est-ce que l’Éternel a inspiré des bêtises comme ça à quelqu’un ? », a-t-il ironisé, accusant certains acteurs religieux d’utiliser la foi pour légitimer un agenda politique.
Au-delà du débat juridique, Martin Fayulu a également ciblé le rôle de certains responsables religieux dans l’espace public.
Tout en saluant le comportement du chanteur et pasteur Moïse Mbiye, qu’il présente comme ayant refusé de rejoindre le camp favorable à la révision constitutionnelle, il a dénoncé ce qu’il qualifie de “vénalité” de certains leaders spirituels.
« Les pasteurs ne peuvent pas devenir des mendiants qui vont à la soupe populaire pour qu’on leur donne de l’argent », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Ces gens-là seront frappés. »
Dans une dernière charge, Fayulu a retourné contre les défenseurs de la réforme l’argument de la modernité et de l’adaptation des textes aux réalités actuelles.
Si l’évolution du monde justifie, selon eux, une modification de la Constitution, pourquoi ne pas envisager également une révision de la Bible, dont certains écrits remontent à plusieurs millénaires, a-t-il interrogé.
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon », a conclu l’opposant, citant les Écritures pour dénoncer ce qu’il considère comme des contradictions au sein du camp pro-révision.
La veille, lors d’une conférence de presse tenue à Kinshasa puis d’un échange sur X, l’archevêque Ejiba Yamapia avait revendiqué une double légitimité citoyenne et prophétique dans son soutien au changement de la Constitution.
« Dans votre combat pour le changement de la Constitution, il y a le “Ainsi dit l’Éternel” », avait-il affirmé, expliquant que sa position ne relevait pas uniquement d’une analyse politique ou juridique, mais également d’une conviction spirituelle reçue personnellement et confirmée, selon lui, par d’autres prophètes.
L’archevêque avait alors lancé un défi à la communauté évangélique congolaise, invitant les prophètes opposés à sa position à « retourner à la prière » afin de démontrer le contraire de ses affirmations.
Fort de plus de quarante ans de ministère pastoral, Ejiba Yamapia avait également défendu son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.
« Mobutu m’a laissé pasteur. Mzee Kabila m’a laissé pasteur.
Joseph m’a laissé pasteur », avait-il déclaré, assurant ne pas agir pour servir un homme politique, mais une conviction qu’il dit supérieure.
Le pasteur avait par ailleurs assumé sa proximité spirituelle avec le président Félix Tshisekedi, présenté comme « un frère dans la foi ».
« Ma Bible dit de prier pour ceux qui vous dirigent. Félix Tshisekedi me dirige aujourd’hui, je prie pour lui », avait-il expliqué.
Alors que le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle continue de polariser la classe politique et religieuse congolaise, les échanges entre Martin Fayulu et Ejiba Yamapia illustrent la place grandissante des arguments spirituels dans une controverse aux enjeux profondément politiques.
HERVÉ KABWATILA





























































