Après plusieurs jours de polémique autour de l’élévation de la cité de Nkamba au rang de « Ville Sainte », l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia est sorti de son silence. Lors d’une conférence animée mardi 21 avril 2026, le président de l’Église du Réveil du Congo (ERC) a exprimé un soutien ferme à la décision du chef de l’État, Félix Tshisekedi, qu’il juge conforme à la Constitution et aux lois en vigueur.
Située dans la province du Kongo Central, à environ 170 kilomètres de Kinshasa, la cité de Nkamba est considérée par les fidèles kimbanguistes comme la « Nouvelle Jérusalem ». Elle constitue un haut lieu de pèlerinage et occupe une place centrale dans l’histoire religieuse et sociale du pays. Pour de nombreux croyants, elle dépasse la seule dimension spirituelle pour devenir un symbole identitaire d’envergure nationale.
Dans son intervention, Évariste Ejiba Yamapia a défendu la légitimité de l’acte présidentiel en s’appuyant sur une analogie familiale : selon lui, le président de la République, en tant que « père de la nation », dispose d’une autorité symbolique lui permettant de nommer et de qualifier certains lieux.
« Lorsque le père de la nation déclare que Nkamba est une “Terre sainte”, cela repose sur la reconnaissance du prophète Simon Kimbangu comme envoyé de Dieu par une large partie de la population », a-t-il affirmé devant ses fidèles.
Le pasteur a également réagi aux critiques émanant de certains responsables catholiques, notamment celles de Fulgence Muteba. Ce dernier avait récemment soutenu qu’il n’existe qu’une seule « Terre sainte », située à Jérusalem, berceau de la vie de Jésus-Christ.
Une position que rejette Évariste Ejiba Yamapia, qui y voit une interprétation restrictive de l’histoire religieuse. Selon lui, la notion de « ville sainte » varie selon les traditions et les fondements doctrinaux propres à chaque confession.
« Affirmer qu’il n’existe qu’une seule terre sainte relève d’une mauvaise compréhension des dynamiques religieuses », a-t-il déclaré, appelant à une approche plus ouverte et pluraliste du débat.
Pour appuyer son argumentation, le président de l’ERC a évoqué d’autres références religieuses, notamment La Mecque, considérée comme sacrée par les musulmans. De la même manière, Nkamba revêt un caractère sacré pour les fidèles kimbanguistes.
Selon lui, cette reconnaissance découle à la fois de la foi des croyants et du rôle historique de la cité dans l’émergence du mouvement religieux fondé par Simon Kimbangu.
La prise de position d’Évariste Ejiba Yamapia intervient dans un contexte de débat national sur la place du religieux dans les décisions publiques.
Tandis que certains saluent une reconnaissance symbolique forte d’un patrimoine spirituel congolais, d’autres s’inquiètent d’une possible confusion entre sphère politique et religieuse.
La controverse autour de Nkamba illustre ainsi les tensions persistantes entre différentes sensibilités religieuses en République démocratique du Congo, mais aussi les enjeux identitaires et historiques liés à la reconnaissance officielle de certains lieux de culte.
Dans ce climat, les appels au dialogue interconfessionnel pourraient s’avérer déterminants pour apaiser les divergences et favoriser une compréhension mutuelle.
HERVÉ KABWATILA































































