Les ministres de la Santé de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) ont décidé d’harmoniser les mesures de surveillance, de prévention et de contrôle de la maladie à virus Ebola dans l’ensemble des aéroports, ports et points d’entrée terrestres de la région. Ils ont également convenu de mettre en place un groupe de travail technique régional chargé de coordonner la réponse à l’épidémie en cours. Ces décisions ont été prises lors de la 8e réunion extraordinaire du Conseil sectoriel des ministres de la Santé de la CAE, tenue par visioconférence les 1er et 2 juin 2026, avec Arusha, en Tanzanie, comme point focal des travaux.
Selon le communiqué final publié jeudi 4 juin, les ministres ont examiné l’évolution de l’épidémie dans la région et défini les grandes orientations d’une réponse coordonnée. Ils ont exprimé leur vive inquiétude face à la progression de la maladie et souligné la nécessité d’une action collective pour prévenir toute propagation transfrontalière.
Dans cette optique, les États partenaires ont été invités à renforcer les dispositifs de surveillance et de contrôle dans les zones affectées, aux points d’entrée officiels ainsi qu’aux frontières poreuses, conformément aux réglementations nationales et aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le Conseil a également chargé le Secrétariat de la CAE, en collaboration avec l’Agence de surveillance de la sécurité de l’aviation civile (CASSOA) et d’autres institutions spécialisées, de convoquer en urgence une réunion régionale afin d’harmoniser les procédures de contrôle sanitaire, les exigences relatives aux déclarations de santé des voyageurs et les autres mesures de santé publique appliquées aux frontières.
Les ministres ont en outre demandé la mise en œuvre de contrôles sanitaires à la sortie des points d’entrée désignés, conformément aux directives régionales et internationales. Le Secrétariat de la CAE devra également mobiliser des ressources destinées à soutenir les activités de contrôle, les interventions en eau, hygiène et assainissement (EHA), la communication sur les risques ainsi que la surveillance communautaire.
Parmi les principales résolutions adoptées figure la création d’un Groupe de travail technique régional sur la riposte à Ebola et aux autres maladies graves.
Composé d’experts désignés par les États partenaires et le Secrétariat de la CAE, ce mécanisme sera chargé de suivre l’évolution de l’épidémie, de coordonner les interventions techniques, d’analyser les tendances épidémiologiques et de présenter des rapports réguliers aux instances dirigeantes de l’organisation régionale.
Chaque État partenaire devra désigner deux experts issus de son ministère de la Santé ainsi qu’un représentant du ministère en charge des affaires de la CAE pour siéger au sein de cette structure.
Les ministres ont également insisté sur l’importance du partage en temps réel des données épidémiologiques entre les pays membres afin de faciliter la détection précoce des cas et d’améliorer l’efficacité de la réponse régionale.
Le communiqué rappelle qu’au 1er juin 2026, la République démocratique du Congo avait enregistré 121 cas confirmés et 1 077 cas suspects de maladie à virus Ebola de Bundibugyo. Parmi les cas confirmés, 17 décès ont été recensés, tandis que 246 décès ont été signalés parmi les cas suspects.
De son côté, l’Ouganda a rapporté 11 cas confirmés et un décès. Les autorités sanitaires des deux pays avaient identifié 642 contacts, dont 638 faisaient l’objet d’un suivi actif.
Pour les ministres de la CAE, ces chiffres démontrent la persistance des risques de transmission et justifient le renforcement de la coopération transfrontalière.
Afin de consolider les capacités de surveillance et de diagnostic, les États partenaires ont été invités à faciliter le déploiement durable des laboratoires mobiles de la CAE ainsi que des experts techniques dans les zones stratégiques, notamment aux frontières et dans les régions à risque.
Le Secrétariat de la CAE a reçu pour mission de mobiliser davantage de ressources financières et techniques afin de soutenir les activités de surveillance et d’accélérer l’acquisition de laboratoires conteneurisés dans la région.
Ces équipements sont déployés dans le cadre du projet de Réseau régional de laboratoires de référence de la CAE, financé par le gouvernement allemand à travers la Banque allemande de développement KfW, avec l’appui technique de l’Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale (BNITM).
Selon le communiqué, dix laboratoires mobiles sont déjà opérationnels en RDC, en Ouganda, au Kenya, au Rwanda, au Burundi, au Soudan du Sud et en Tanzanie pour faciliter le dépistage rapide des cas suspects d’Ebola.
Les ministres ont salué l’acquisition de nouveaux kits de dépistage et ont appelé à la poursuite des investissements dans les systèmes de laboratoire afin de renforcer la capacité de la région à détecter rapidement les maladies émergentes et réémergentes.
Reconnaissant l’importance d’une main-d’œuvre qualifiée pour la riposte aux épidémies, les ministres ont chargé le Secrétariat de la CAE de mobiliser des ressources pour la formation des agents de santé de première ligne dans les États partenaires en matière de prévention, de préparation, de réactivité et de riposte à Ebola. Ils ont également demandé au Secrétariat de faciliter des programmes de formation continue pour les membres du Groupe d’experts déployables rapidement (RDE) de la Communauté d’Afrique de l’Est, en mettant l’accent sur la prévention et le contrôle des infections, la communication des risques et la mobilisation communautaire, l’évaluation des risques et la gestion des épidémies.
Les ministres se sont félicités des progrès accomplis dans le cadre du projet de préparation aux pandémies de la CAE (PanPrep), soutenu par les gouvernements allemand et européen, qui a permis de constituer un vivier régional de plus de 180 experts multidisciplinaires travaillant selon l’approche « Une seule santé ». La réunion a convenu que le Secrétariat devrait finaliser un cadre de collaboration avec les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) afin de rendre opérationnel le mécanisme de recherche, d’évaluation et de déploiement (RDE) et de faciliter le déploiement rapide d’experts lors d’urgences sanitaires.
Les ministres ont salué les efforts constants du Secrétariat de la CAE pour renforcer la préparation régionale à Ebola grâce à la fourniture d’équipements de protection individuelle (EPI) lors des activités de formation et de déploiement menées en RDC, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda depuis 2024, ce qui a permis d’améliorer la sécurité des agents de santé et la capacité de réaction face aux épidémies. Ils ont également pris note de l’acquisition prévue et du déploiement immédiat de 500 ensembles d’EPI supplémentaires en RDC et en Ouganda dans le cadre du Projet de préparation aux pandémies de la CAE. Afin de pérenniser et d’amplifier ces efforts, les ministres ont chargé le Secrétariat de la CAE de mobiliser des ressources supplémentaires pour l’acquisition et la distribution d’EPI et d’autres produits essentiels nécessaires aux activités de préparation et de riposte à Ebola dans toute la région.
La réunion a également souligné l’importance de garantir un accès rapide aux contre-mesures médicales.Les ministres se sont félicités des efforts déployés pour établir un mécanisme régional d’enregistrement et d’approbation accélérés des vaccins, traitements et tests de diagnostic contre Ebola. Ils ont noté que les directeurs des agences nationales de réglementation des médicaments se sont également réunis les 1er et 2 juin 2026 afin de faire progresser les discussions sur un cadre régional commun d’approbation des vaccins, en collaboration avec l’Agence africaine des médicaments (AMA), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les autorités réglementaires nationales.
En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, avant de s’étendre aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Cette épidémie de maladie à virus Ebola, la 17ᵉ de l’histoire sanitaire de la RDC, intervient dans une région déjà fragile. La grave situation humanitaire dans l’Est du pays, où plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, accroît davantage leur vulnérabilité. La malnutrition, les déplacements de populations et la fragilité des services de santé contribuent à un risque élevé d’infection et de mortalité.
HERVÉ KABWATILA





























































