La situation sécuritaire et humanitaire continue de se dégrader dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, malgré l’état de siège en vigueur depuis mai 2021 et la gestion de la province confiée aux Forces armées de la RDC (FARDC). Dans son rapport couvrant la période du 1er au 31 mai 2026, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) tire la sonnette d’alarme face à la recrudescence des violences armées et à l’aggravation des besoins humanitaires.
Selon ce document consulté par la rédaction de Foxtime.cd ce samedi 20 juin, le territoire de Mambasa a été particulièrement touché par une série d’attaques meurtrières attribuées aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), qui ont principalement ciblé les populations civiles dans la zone de santé de Mandima.
L’OCHA rapporte qu’entre le 24 et le 31 mai, au moins 41 civils auraient été tués dans les aires de santé de Biakato, Matchebe et Ngubo, selon des sources locales. Ces nouvelles exactions portent à 198 le nombre total de civils tués dans la zone de santé de Mandima au cours du seul mois de mai.
« Ces nouvelles attaques portent à 198 le nombre de civils tués dans la zone de santé de Mandima au cours du mois de mai, illustrant la détérioration continue de l’environnement de protection », souligne le rapport.
Cette insécurité persistante a accentué la crise humanitaire dans une région déjà fragilisée par l’activisme continu des groupes armés. Depuis février dernier, plus de 45 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs villages pour trouver refuge dans la zone de Biakato. La majorité de ces déplacés vivent aujourd’hui dans des conditions précaires, avec un accès limité aux services essentiels et à l’assistance humanitaire.
Le territoire d’Irumu demeure lui aussi confronté à des attaques répétées contre les populations civiles. D’après l’OCHA, le 28 mai, au moins 17 civils auraient été tués dans deux villages de la zone de santé de Komanda. Plusieurs habitations ont été incendiées et des habitants enlevés par des hommes armés.
Ces violences ont provoqué d’importants mouvements de population vers les localités de Luna, Eringeti, Oicha et Beni, dans la province voisine du Nord-Kivu. L’ampleur exacte de ces déplacements reste toutefois difficile à établir.
« Ces violences ont entraîné d’importants déplacements de population, dont les estimations restent inconnues, accentuant les besoins humanitaires dans cette province voisine », précise le document.
La situation sécuritaire s’est également détériorée dans le territoire de Mahagi à la suite d’une nouvelle attaque menée le 30 mai contre plusieurs campements de pêche situés dans l’aire de santé de Musongwa, dans la zone de santé d’Angumu.
Selon des sources locales citées par l’OCHA, cette incursion armée a causé la mort d’un civil et provoqué le déplacement de plus de 17 000 personnes vers les aires de santé d’Apala, Abia et Gengere.
La plupart de ces déplacés sont accueillis par des familles hôtes déjà vulnérables et font face à des conditions de vie particulièrement difficiles, marquées par un accès insuffisant aux soins de santé, à l’eau potable et à l’aide humanitaire.
Comme dans le Grand Nord du Nord-Kivu, l’Ituri demeure confrontée aux attaques répétées des ADF, un groupe armé d’origine ougandaise actif depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC. Depuis leur allégeance en 2019 à l’organisation État islamique, les ADF sont présentés par cette dernière comme sa branche en Afrique centrale.
Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise dans le cadre des efforts de neutralisation des groupes armés, les attaques contre les civils se poursuivent et continuent d’alimenter une crise humanitaire de grande ampleur.
Au-delà des violences attribuées aux ADF, l’Ituri reste également confrontée à des tensions intercommunautaires récurrentes qui entretiennent l’instabilité dans plusieurs territoires de la province.
Parallèlement, la baisse des financements humanitaires internationaux compromet sérieusement les capacités de réponse des organisations présentes sur le terrain.
Face à cette situation, plusieurs acteurs humanitaires et organisations de la société civile appellent le gouvernement congolais à renforcer sa contribution financière à la prise en charge des déplacés, à intensifier les efforts de sécurisation et à restaurer durablement l’autorité de l’État dans les zones affectées.
Ces appels insistent notamment sur la nécessité de consolider la présence des forces de sécurité afin de permettre le retour des populations déplacées dans leurs villages d’origine et de mettre fin à une crise qui continue d’endeuiller l’Ituri malgré plusieurs années d’état de siège.
HERVÉ KABWATILA




























































