Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution continue de diviser la classe politique, la société civile et les confessions religieuses en République démocratique du Congo. Ce vendredi 5 juin, la Coalition Citoyenne pour la Nation (CCN), conduite par l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, a organisé une marche à Kinshasa pour soutenir le changement de la Constitution et appeler à l’organisation d’un référendum. Cette manifestation intervient seulement deux jours après l’opération « ville morte » lancée par l’opposition congolaise contre toute modification de la loi fondamentale.
Dès les premières heures de la matinée, des centaines de militants et sympathisants de la Coalition Citoyenne pour la Nation ont investi plusieurs axes de la capitale congolaise. Baptisée « La Parole au Peuple », la marche s’est déroulée simultanément dans les districts de Lukunga, Tshangu, Funa et Mont-Amba, avec des points de rassemblement répartis dans plusieurs communes de Kinshasa, notamment Nsele, Maluku, Ngaba et Limete.
Initialement, les organisateurs avaient prévu de faire converger les manifestants vers le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais. Cependant, un changement de dernière minute a contraint les participants à terminer leur marche sur le terrain annexe du stade des Martyrs. Cette modification a suscité la colère des organisateurs qui dénoncent une décision ayant perturbé le déroulement de la manifestation.
Depuis le terrain annexe du stade des Martyrs, l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC), a exhorté le président de la République, Félix Tshisekedi, à convoquer un référendum afin de permettre au peuple de se prononcer sur l’avenir de la Constitution.
« Le peuple doit avoir la parole sur cette question fondamentale pour l’avenir du pays », a-t-il déclaré devant les participants, reprenant son message en lingala puis en français.
À l’issue de la manifestation, le chef religieux n’a pas caché son mécontentement face au changement du lieu de clôture. Selon lui, tous les dispositifs logistiques, notamment la sonorisation et les équipements techniques, étaient déjà installés au Palais du Peuple avant que l’autorisation ne soit modifiée.
Des membres de l’organisation ont estimé que cette décision a provoqué la confusion parmi les marcheurs et contribué à la dispersion d’une partie du cortège. Certains responsables de la CCN évoquent même un « sabotage » de l’événement, affirmant que l’ampleur de la mobilisation observée notamment dans les secteurs de Sendwe et du boulevard Lumumba aurait suscité des inquiétudes.
Cette démonstration de force intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Le 3 juin dernier, plusieurs formations politiques de l’opposition avaient appelé à une journée « ville morte » pour protester contre toute initiative visant à modifier la Constitution.
Les opposants considèrent qu’une telle démarche pourrait fragiliser l’équilibre institutionnel du pays et ouvrir la voie à des réformes controversées.
À l’inverse, certains acteurs de la société civile, des mouvements citoyens ainsi que des responsables religieux soutiennent l’idée d’une révision constitutionnelle, estimant que certains dispositifs de la Constitution actuelle méritent d’être adaptés aux réalités politiques, sécuritaires et socio-économiques du pays.
Alors que le débat gagne en intensité, les autorités congolaises n’ont pas encore annoncé officiellement l’ouverture d’un processus de révision constitutionnelle.
Toutefois, les prises de position de plus en plus marquées des différentes composantes de la société témoignent d’une polarisation croissante autour de cette question, qui pourrait continuer à alimenter les tensions politiques dans les semaines à venir.
Dans ce climat de confrontation d’idées, plusieurs observateurs appellent au dialogue et au respect des procédures démocratiques afin que toute décision relative à la Constitution soit prise dans un cadre consensuel et apaisé.
HERVÉ KABWATILA





























































