La Commission Justice et Paix Congo (JPC), structure de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a publié un rapport sévère sur les événements survenus lors du sit-in organisé le 12 juin dernier à Kinshasa contre le projet de révision constitutionnelle. Le document fait état d’au moins deux morts, de dizaines de blessés, d’interpellations arbitraires et de nombreux cas d’extorsion, mettant en cause aussi bien les forces de l’ordre que des militants de la Force du Progrès.
Selon le rapport signé par Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, quinze moniteurs mobiles ont été déployés à travers la capitale pour observer le déroulement de la manifestation. Cinq étaient positionnés aux abords du Palais du Peuple tandis que dix autres couvraient les principales artères de la ville.
Les observations recueillies dressent un tableau préoccupant. La JPC rapporte qu’au moins deux personnes ont trouvé la mort au cours de cette journée.La première aurait été tuée par balle avant que son corps ne soit emporté dans un véhicule de police. La seconde aurait succombé à des coups de bâton et de pierres lors de l’attaque du siège de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECIDé), le parti de Martin Fayulu.
Le rapport indique également que plus de la moitié des comptes rendus de terrain, soit 53,3 %, font état de plusieurs dizaines de blessés, certains dans un état grave, aussi bien parmi les manifestants que parmi leurs adversaires. Des interpellations qualifiées d’arbitraires ont été recensées dans 40 % des rapports, tandis qu’un tiers des observateurs signalent des cas d’extorsion de biens attribués à des membres de la Force du Progrès.
Au-delà du bilan humain, Justice et Paix Congo reconstitue une chronologie des faits qui, selon elle, soulève des interrogations sur la préparation et la gestion de cette journée. Le document révèle qu’une réunion de mobilisation des jeunes de la Force du Progrès avait été observée dès le 11 juin dans la commune de Limete, au cours de laquelle les affrontements à venir auraient été évoqués publiquement.
Le matin du 12 juin, poursuit le rapport, des militaires, policiers et militants de la Force du Progrès, présentée comme la branche jeunesse de l’UDPS, étaient déjà déployés sur plusieurs axes stratégiques de la capitale. Les observateurs affirment que des passants ont été interpellés avant même le début effectif du rassemblement.
La JPC affirme également que les sièges de plusieurs formations politiques de l’opposition ont été pris pour cible avant l’arrivée des manifestants au Palais du Peuple. Parmi les structures attaquées figurent les permanences de l’ECIDé, du Front des Nationalistes (FONUS) de Joseph Olenghankoy ainsi que de l’Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund, toutes situées sur l’avenue de l’Enseignement.
Concernant les affrontements enregistrés aux abords du Palais du Peuple, le rapport estime que la police a fait un usage disproportionné de la force. Il relève également que les membres de la Force du Progrès ont participé ouvertement aux affrontements à travers des jets de pierres et d’autres projectiles, sans intervention notable des forces de sécurité pour les neutraliser.
Dans ses conclusions, Justice et Paix Congo met en garde contre le recours à la violence et à des groupes partisans pour contenir l’expression des libertés publiques. Le document estime que l’utilisation d’une force excessive ou de « milices partisanes » demeure « contreproductive pour l’État de droit démocratique et la cohésion sociale ».
La CENCO annonce par ailleurs que l’intégralité du rapport de monitoring sera rendue publique à partir du 16 juin 2026 sur le site de Justice et Paix Congo, afin de permettre à l’opinion nationale et internationale de consulter les observations détaillées recueillies sur le terrain.
HERVÉ KABWATILA



























































