C’est une rentrée parlementaire sous haute tension politique et sociale qui s’ouvre à Kinshasa. Au-delà des grands dossiers législatifs et budgétaires attendus pour cette fin d’année, une crise interne couve au Palais du Peuple. En cause, le silence jugé « de plomb » de l’actuel speaker de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, concernant la régularisation financière des agents et conseillers ayant servi sous le précédent bureau.
Malgré les multiples démarches administratives, correspondances et cris de détresse des collectifs des agents des cabinets de Vital Kamerhe et de Dominique Munongo, le silence du speaker de la Chambre basse reste total. Une attitude jugée « méprisante et injustifiée » par les bénéficiaires, qui estiment être sacrifiés sur l’autel de calculs politiques internes.
Face à ce qu’ils qualifient de « blocage délibéré », les anciens membres de ces cabinets ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Selon des sources concordantes proches du dossier, un mot d’ordre clair a été lancé : l’organisation d’un sit-in généralisé et sans précédent au Palais du Peuple dès le début de cette session de septembre.
« Nous avons respecté la procédure, nous avons patienté, mais le ventre affamé n’a point d’oreilles. Si le président Aimé Boji pense pouvoir étouffer nos droits par le silence, il se trompe. Nous assiégerons le Parlement jusqu’à l’obtention du dernier centime de nos indemnités », confie, sous couvert d’anonymat, un ancien conseiller politique.
Un héritage politique lourd à porter
Pour comprendre le malaise, il faut remonter à la fin de l’année 2025. Poussés vers la sortie par des vagues de pétitions remettant en cause la gestion des fonds de l’institution, l’ancien président Vital Kamerhe et sa rapporteure adjointe, Dominique Munongo, avaient présenté leur démission. Un séisme politique qui avait brutalement laissé sur le carreau des centaines de collaborateurs politiques, experts et agents d’appoint.
Lors de sa prise de fonction officielle en novembre 2025, Aimé Boji avait pourtant promis une rationalisation financière et une gestion rigoureuse des priorités de l’institution. Mais près de dix mois plus tard, la réalité contractuelle et sociale a rattrapé le nouveau leadership. Conformément aux textes régissant l’Assemblée nationale, ces anciens agents réclament de plein droit leurs indemnités de sortie et leurs décomptes finals. Des requêtes restées jusqu’ici sans réponse concrète.
Des familles plongées dans la précarité
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Du côté des collectifs des anciens cabinets, le ton monte. Plusieurs ex-conseillers fustigent ce qu’ils qualifient d’« indifférence institutionnelle ». « Nous avons servi l’État congolais avec dévouement dans des moments de turbulences politiques. Le fait de changer de bureau ne devrait pas annuler nos droits légitimes. Le président Aimé Boji doit honorer la continuité de l’État », confie sous anonymat un ancien conseiller de la questure.
Pour ces professionnels, l’attente devient insoutenable à l’approche de la rentrée scolaire et dans un contexte économique national déjà difficile. Beaucoup pointent du doigt un paradoxe : pendant que les dotations de l’institution continuent d’être versées, les enveloppes destinées à apurer le passif social du personnel sortant semblent bloquées ou reléguées au second plan.
Le « piège » financier d’Aimé Boji
Pour le successeur de Vital Kamerhe, le dossier s’apparente à un véritable piège politique et financier. S’engager dans le paiement de ces indemnités exige de dégager d’importantes ressources budgétaires, au moment même où la Chambre basse doit justifier une plus grande orthodoxie dans ses dépenses. D’un autre côté, ignorer le problème menace d’entacher l’image d’un management axé sur la rupture et la bonne gouvernance.
Alors que les sirènes de la rentrée parlementaire retentissent ce lundi 15 septembre, le Bureau définitif de l’Assemblée nationale n’a toujours pas communiqué de calendrier d’apurement pour ces arriérés. Le silence d’Aimé Boji Sangara finira-t-il par provoquer un boycott ou des sit-in des sinistrés de l’ancien régime au Palais du Peuple ? Les prochains jours s’annoncent décisifs pour le climat social de cette session.
JAMES KABWE



























































