Au Sud-Kivu, une crise entre l’organe délibérant et l’exécutif provincial se cristallise alors que les institutions publiques peinent à se stabiliser face à la menace du M23, soutenu par le Rwanda.
La convocation à Kinshasa, du Bureau de l’Assemblée provinciale ainsi que du gouverneur Jean Jacques Purusi Sadiki, visé par une motion de censure pour des griefs liés à la gestion de la province, suscite une levée de boucliers de la part des députés provinciaux.
Depuis Uvira, siège provisoire des institutions, plus de 20 élus majoritairement membres de l’Union Sacrée de la Nation, ont accusé le Vice-premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, de manœuvrer pour étouffer la démarche « démocratique, parlementaire et légale ».
« La procédure étant normale et légalement introduite, nous rappelons que l’invitation des membres du Bureau de l’organe délibérant du Sud-Kivu et du gouverneur Jean Jacques Purusi à Kinshasa n’annule pas la démarche parlementaire déjà engagée et qui ne peut se terminer qu’avec un débat suivi du vote en plénière. D’où la motion demeure au regard de la loi et de notre Règlement Intérieur », ont-ils argué tout en rappelant l’évolution de la situation politique en province et de la gravité des faits mis à charge de l’exécutif provincial.
En effet, le gouverneur est accusé de « manque d’orthodoxie dans la gestion des finances publiques, de détournement de fonds, de clientélisme ainsi que la disparition de certains biens appartenant à la province ».
Les initiateurs de la motion affirment que le gouverneur a détourné 5,5 millions USD par mois depuis son investiture, soit 44 millions USD sur huit mois (entre juin 2024 et février 2025) dont 700 000 USD destinés à l’identification des Wazalendo ; 330 000 USD en chèques sans provision, émis dans cinq territoires et trois mairies ; 90 millions USD de fonds STAR-EST pour les territoires de Kalehe, Fizi, Uvira et Mwenga logés à la Rawbank sur financement de la Banque mondiale; 600 000 USD de recettes de la Taxe spéciale conventionnelle à Bukavu et 90 000 USD à Uvira; 677 000 USD de recettes minières transférées via mobile money (mai à décembre 2025) ; 1,7 million USD reçu du gouvernement central en février 2026 pour la restauration des institutions après la reprise d’Uvira.
Les députés ont également mentionné des retraits illégaux de 400 000 USD en cash et de 10 lingots d’or (pour un total de 15,712 kg ) placés sous séquestre judiciaire à la CEEC dans une affaire impliquant des ressortissants chinois condamnés à 7 ans de prison par le Tribunal de Grande Instance de Bukavu.
Face à ces griefs, ils exigent la démission de Jean Jacques Purusi depuis Kinshasa afin de préserver son honneur.
« Convaincus que le mal est très profond dans notre Province, profitant de son séjour à Kinshasa; sagesse oblige le Gouverneur Jean Jacques PURUSI SADIKI de présenter sa démission auprès du Chef de l’Etat, pour éviter la compromission de la cohésion et la cohabitation sociales voulues par le peuple », ont-ils préconisé.
Cette démarche intervient alors qu’en novembre 2025, le gouvernement central a, par l’entremise du ministre de l’Intérieur, demandé aux assemblées provinciales de suspendre les pétitions et motions de défiance, estimant que la gestion de la guerre prime sur la destitution des dirigeants locaux.
Pour le gouvernement, cette décision vise à empêcher l’ingouvernabilité des provinces en menaçant de recourir aux dispositions constitutionnelles (articles 197 et 198) pour protéger les gouverneurs.
Mont Carmel NDEO






























































