Kinshasa assiste, impuissante, à un retour en force du banditisme urbain à grande échelle. Des braquages spectaculaires en plein jour ciblent désormais le cœur institutionnel de la capitale, tandis que les quartiers périphériques abandonnés à leur sort oscillent entre colère et tentation d’auto-prise en charge face à l’inaction policière.
.Ce n’est plus une simple impression d’insécurité, c’est une réalité quotidienne violente et traumatisante. À Kinshasa, le grand banditisme n’est plus l’apanage des ruelles obscures ou des quartiers dits « chauds » à la nuit tombée. Les criminels opèrent désormais en plein jour, à visage découvert, armés jusqu’aux dents, sous le regard médusé d’une population livrée à elle-même.
Le dernier assaut en date a fini de convaincre les plus sceptiques que le seuil de l’audace a été franchi. Il y a à peine quarante-huit heures, la commune de la Gombe, pourtant centre névralgique des affaires et siège des institutions de la République, a été le théâtre d’un braquage d’une violence inouïe.
C’est un bureau de change qui a été ciblé, à quelques pas seulement des installations hautement stratégiques de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Les tirs de sommation des assaillants ont plongé les passants dans une panique totale. Après avoir blessé un cambiste par balle, les criminels sont repartis tranquillement avec un important butin. L’inaction des forces de sécurité sur place interpelle profondément.
« Même la police présente sur place s’est couchée par terre au même moment que nous, les civils, tellement les assaillants étaient lourdement armés », confie, amer, un témoin de la scène. Si la Gombe, censée être le périmètre le plus sécurisé du pays, est devenue vulnérable, la situation est encore plus alarmante dans les quartiers périphériques.
Si le cœur de la capitale tremble, sa périphérie étouffe. Plus à l’ouest, les axes routiers et résidentiels de Pompage et de Kimbwala subissent la loi de bandes organisées. Dans ces secteurs, le mode opératoire est rodé avec une régularité de métronome : les bandits interceptent les véhicules, braquent les commerces de proximité et agressent systématiquement les citoyens. Les victimes ne sont pas seulement dépouillées de leurs biens ; elles sont tabassées, violentées et menacées de mort sous la menace directe d’armes à feu.
Dans ces zones, la psychose dicte désormais le rythme de la vie quotidienne. Les rideaux de fer des magasins se baissent de plus en plus tôt et les avenues se vident dès la fin de l’après-midi. L’incapacité manifeste des forces de l’ordre à patrouiller efficacement ou à intervenir à temps exaspère au plus haut point les habitants.
Face à ce que beaucoup qualifient de démission des autorités policières, la colère gronde. Entre abandon institutionnel et terreur quotidienne, les quartiers périphériques oscillent désormais entre le désespoir et la tentation dangereuse de l’auto-prise en charge.
L’absence de réponse structurelle de l’État face à cette criminalité à grande échelle risque de pousser une population à bout de forces vers une justice populaire ou la création de milices d’autodéfense. Pour Kinshasa, l’urgence n’est plus seulement de sécuriser, mais d’éviter l’implosion sociale.
JAMES KABWE



























































